27 avril 2009

"Nalawala", Australie

Bâtiment public en paille, Nalawala, Fairfield

Interview Emma Howcroft_chargée de l'éducation à l'environnement pour la ville de Fairfield

 C'est à Fairfield, prés de Sydney, que se trouve le plus grand bâtiment public en paille d'Australie. Cette commune multiculturelle de 15500 habitants, veut montrer l'exemple, montrer que l'habitat écologique est une réelle solution d'avenir. Le hall communautaire Nalawala, qui accueille le public pour de multiples activités (conférences, repas, activités sportives et artistiques,...) permet ainsi de tester différents matériaux tout en éduquant.

DSC_0049.JPGC’est a Fairfield, une commune multiculturelle de 15.500 habitants, située dans la banlieue sud-ouest de Sydney, que se trouve le hall communautaire Nalawala (qui signifie “s’asseoir” en Aborigène), le plus grand bâtiment public en paille d’Australie.

Ce projet, initié par la ville de Fairfield en 2005, a été financé en grande partie par la municipalité, et a reçu l'aide de l'État du New South Wales pour la mise en place de panneaux solaires et photovoltaïques, d'un système de compostage avec des lombrics et de réservoirs afin de recycler l'eau de pluie.

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Ce bâtiment ainsi qu'une annexe voisine (une serre pour faire pousser des plantes locales) a été construit ballot après ballot, par les résidents de la ville de Fairfield et d’autres volontaires de Sydney, lors d’une session de construction. Durée 3 semaines...

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Plus de 400 ballots de paille ont été utilisés pour construire ce hall de plus de 144 mètres carré. Ce sont des “Jumbo” bottes de paille (environ 240/90/80 cm), plus grandes que les bottes normale. Elles ont un pouvoir isolant plus important, ce qui permet au Hall communautaire Nalawala de ne pas utiliser de climatisation ou de chauffage. Si ici, la température descend rarement en dessous de zéro, elle peu atteindre en été plus de 40 degrés. La ville a opté pour une aération naturelle moins couteuse en argent et en énergie.

DSC_0032bis.jpgLe chantier a duré un peu plus de 8 mois. Comme le précise Emma Howcroft, chargée de l'éducation à l'environnement pour la ville de Fairfield, « Nous avons voulu montrer l'exemple a fond. Recycler le plus de matériaux possible. Ce n'est pas compliqué, cela prend juste plus de temps pour trouver des matériaux usagés de qualité. »  Au final, les fenêtres, portes, poutres, et les meubles de cuisine, sont de seconde main, tout comme la moquette dans le bureau. Les toilettes sont faites en bouteilles de lait recyclées. Quant aux fondations, elles sont faites à 95% de béton recyclé, produit localement à Fairfield.

DSC_0027.JPGSelon Emma Howcroft, « Aujourd'hui les usagers sont satisfaits du hall puisque celui-ci est régulièrement utilisé, et nous accueillons de nombreuses collectivités et particuliers qui visitent le community hall. Toutefois, le travail d'éducation prend ici tout son sens, car utiliser un bâtiment solaire passif n'est pas commun pour tous.  Fermer les portes en hiver c'est du bon sens, mais les fermer en été pour conserver la fraicheur du bâtiment, n'est pas une chose évidente pour tout le monde... Mais c'est ainsi, petit à petit que les choses changent. »

Outre le but de devenir un exemple pratique d’éco-bâtiment public, le Hall communautaire de Fairfield à des objectifs de durabilité ambitieux au niveau énergétique. Un panneau solaire pour l’eau chaude, des ampoules à basse consommation et des panneaux solaires photovoltaïques (2kw) lui assure une autonomie électrique.
L’eau de pluie est récupérée et utilisée pour les toilettes. Enfin, le bâtiments n’est pas relié aux égouts et recycle l’ensemble de ses déchets grâce au travail de petits vers de terre...situé sous le bâtiment.

 

Contacts en Australie et en Anglais:

Fairfield City, Emma Howcroft, Administration center, 86 Avoca Road Wakeley NSW 2176, PO Box 21 Fairfield NSW 1870

Tel : 0297250209, email : ehowcroft@fairfieldcity.nsw.gov.au

Page web : http://www.fairfieldcity.nsw.gov.au

 

04 avril 2009

« The Christie Walk »

Un éco-quartier au centre d'Adélaïde
Interview de Margaret Rohde – Secrétaire de Urban ecology Australia Inc.
South Australia state – Australia

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DSC_0052.JPGPasser le porche et entrer dans la cour intérieure de Christie Walk, c'est perdre les repères d'un développement urbain conventionnel... « Christie Walk » démontre à petite échelle ce qu'il est possible de réaliser en milieu urbain pour accroître la qualité de vie et minimiser notre impact sur l'environnement.


«La mise en œuvre de Christie Walk fut une aventure dans laquelle peu de gens sont prêt à se lancer mais qui pourtant, est incroyablement nécessaire… »

Paul Downton, architecte et développeur de « Christie Walk »

 

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Adélaïde est une agréable ville de plusieurs millions d'habitants, un trafic dense le long des multiples voies de circulation forme un quadrillage presque parfait de parcs, d'avenues et de hauts bâtiments vitrés. Respectueux de ce bel alignement, à proximité du marché central, se trouve sur « Sturt street » un porche pas comme les autres ouvert aux visiteurs... « The Christie Walk ».


DSC_0012.JPGUne belle mosaïque faite de matériaux recyclés orne le mur de l'allée principale et ouvre sur une cour intérieure fleurie et conviviale. « Nos visiteurs, officiels ou badauds égarés, sont souvent étonnés de ce changement de décors par rapport à ce qu'il est possible de trouver à Adélaïde. On nous compare souvent à un village méditerranéen ou mexicain. Certains nous croient même tout droit sorti d'un décor du « seigneur des anneaux » !

Margaret Rohde, secrétaire de urban ecology devenue guide à l'occasion de notre visite



Composé de 27 appartements, le petit village urbain de « Christie Walk », ainsi nommé en mémoire de Scott Christie, activiste défenseur de l'environnement et des droits sociaux, s'appuie sur une communauté investie de résidents. Propriétaires ou locataires, du jeune couple aux retraités actifs, différentes générations cohabitent. Ce développement urbain et collectif portent les valeurs de Urban ecology australia. Une association non lucrative qui a pour but de sensibiliser aux questions d'écologie urbaine mais également d'apporter des clés concrètes de développement durable dans les aires urbaines. Tantôt local, pour faire par exemple des économies d'énergie, ou installer un chauffe eau solaire, tantôt global pour aider à bâtir un éco-quartier.

Christie Walk représente à petite échelle le rêve porté en 1993 par la compagnie Ecopolis architect : « Halifax ecocity project » qui proposait de requalifier une entière partie d'Adélaïde en un vaste complexe écologique visant à accueillir 800 à 1000 citoyens. Ce projet restera malheureusement inaccompli.

La définition d'une ville durable vue par les architectes d'Ecopolis se distingue des définitions « classique » de ce que doit être une ville durable en présentant le développement urbain comme le réel réservoir du changement à venir et mets l'accent sur le rôle de la communauté. En effet, l'aspect communautaire à Christie Walk est important. C'est d'une part la force d'une communauté que d'aider l'individu à sortir de l'ordinaire et d'autre part dans l'aménagement paysager et les finitions architecturales que ses membres ont la liberté de s'exprimer. A l'image de cette fresque murale haute en couleurs et en volumes, qui, mis bout à bout, raconte l'histoire de ce lieu : de cette ancienne usine d'embouteillage sur les ruines de laquelle vivent aujourd'hui ces hommes et ces femmes qui ont participé à la construction de Christie Walk, de ces enfants qui jouent dans la cour, de l'attrait d'un tel pour le dessin et de celle-ci pour la musique, etc.

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DSC_0047.JPGAinsi, ce petit pâté de maisons est composé de 4 blocs principaux reliés les uns aux autres par un sentier ombragé et sinueux.
Christie Walk est plus condensé qu'un développement conventionnel australien. La superficie des surfaces habitables (de 55 à 160 m²) est inférieure à la moyenne australienne. Ainsi, on trouve un bâtiment de deux étages pour 6 appartements, une maison de ville de deux étages, trois pavillons de 1 étage et un grand bâtiment de quatre étages pour 13 appartements et des locaux communautaires (salle de réunion, de jeux, laverie, etc.).
Chaque aménagement et appartement, dessiné individuellement, s'intègre dans un plus vaste ensemble paysager. De nombreux petits patios conviviaux permettent aussi bien de se réunir autour d'un verre que de trouver une certaine tranquillité. Un petit chemin serpente entre les maisons et forme un lien entre les espaces privés et communautaires.


DSC_0006.JPG« La forme en L du site ne permettait pas d'adapter toute les maisons selon un concept idéal solaire passif cependant le design général a permis de pallier cette contrainte » explique Margaret Rohde.
Chaque bâtiment possède une bonne inertie combinée à une bonne isolation. Un système de ventilation naturelle permet à l'air chaud de s'échapper tandis que toute les fenêtres sont en double vitrage.
Le climat méditerranéen d'Adélaïde impose aux bâtiment de rester frais en été et chaud en hiver.
Un toit végétal, ou plutôt un jardin communautaire, isole et ajoute aux bâtiment une masse thermique.
La plupart des bâtiments disposent de panneaux photovoltaïques. Les règles d'urbanisme imposent d'être relié au réseau électrique de la ville, ce qui n'a pas empêché de produire au total 5kW d'énergie solaire.


DSC_0021.JPGOn retrouve différents matériaux (paille, béton aéré) dont le premier bâtiment urbain en paille d'Australie. Les poutres et autres bois utilisés proviennent de plantations ou sont réutilisés, tout comme les pavés au sol. On retrouve également du bambou. Peinture, et revêtements sont également choisis selon des critères de non toxicité. Toutes les maisons sont équipées d'un système de chauffage solaire pour l'eau. De simple ventilateurs facilitent la circulation d'air. Aucun chauffage ou système de refroidissement n'est appliqué, à l'exception du bâtiment de quatre étages.

Les températures extrêmes de ce dernier été (45°C pendant 10 jours consécutifs), ont démontré qu'une lutte contre la chaleur était possible sans dépense énergétique majeure, même si comme le précise Margaret Rohde « il faut adapter son comportement et connaître comment réagit le bâtiment ».

Vignes et pergolas, arbres et arbustes, fleurs apportent de l'ombre. Peu de plantes natives de cette région d'Australie perdent leurs feuilles en hiver. C'est la raison pour laquelle quelques plantes exotiques ont été introduites de façon à pouvoir bénéficier des rayons du soleil en hiver. Les jardins communautaires démontrent que même les petites surfaces urbaines peuvent servir à la production de légumes. « Ce sont également des lieux où le travail se partage et où l'on passe d'agréables moments » aime à préciser Margaret Rohde. Toutes les eaux de pluies collectés sur les différents toits et balcons vont directement dans un réservoir de 20.000 litres et sont réutilisés pour l'arrosage et les toilettes.

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Christie Walk est idéalement situé dans le centre ville d'Adélaïde, bien desservie par les transports publics. Les résidents n'ont pas souhaité disposer de plus de 10 places de parking. Ils optent pour le vélo et pour un service collectif de location de voiture.


Des écoles, des particuliers mais également des élus, développeurs et architectes viennent régulièrement visiter Christie Walk. En 2005, cet aménagement fut finaliste des World habitat Awards.
Si le modèle s'exporte encore peu c'est parce qu'il ne semble pas y avoir de recettes magique autre que celle de l'investissement personnel et financier. Les architectes sont devenus des développeurs, les propriétaires des constructeurs et la communauté des conseillers.


Auteurs :
Jérôme BOUQUEMONT et Amandine FANTONI - Avril 2009

Association « Des vies et des idées... d'ailleurs »

http://desviesetdesideesdailleurs.hautetfort.com
www.eco-habitat-tour.org


Contacts et informations :
www.urbanecology.org.au

23 janvier 2009

Maisons arboricoles et projet de développement local

 

« The Gibbon Experience »...
Le rêve et l'innovation au service de la communauté

Interview de Jean-François REUMAUX, initiateur du projet.
Réserve de Bokéo, Laos.

 

 

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« Face à la complexité des problématiques environnementales, place à la créativité et à l'innovation (...) Plutôt que de détruire la forêt, essayons de lui donner une réalité économique et sociale pour prouver que sa protection peut être rentable. »

Jean-François REUMAUX

 

 

Au nom de la biodiversité et d'une conscience environnementale grandissante à l'échelle internationale, des organisations du monde entier tirent la sonnette d'alarme. La communauté internationale comptabilise les espèces en voie d'extinction et les dégâts irréversibles causés au milieu naturel. Dans les forêts d'Asie du sud-est, braconnage, agriculture par défrichage-brûlis et déforestation sont pointés du doigt.

Définir une aire protégée pour y appliquer des mesures restrictives de protection se heurte aux pratiques culturelles, aux politiques locales de développement, aux intérêts et lobbying des investisseurs étrangers. Dans ce contexte économique et social complexe, similaire à de nombreux pays en développement, il ne suffit pas de faire des lois pour les faire appliquer.

La réserve naturelle de Bokéo, riche de sa biodiversité, compte de nombreuses espèces d'oiseaux, d'insectes et de mammifères, dont des gibbons à crête noire, des ours, des tigres, des buffles et des éléphants.

Lors de sa création sur 123 000 hectares de forêt ancienne peu habitée, émerge pour la première fois au Laos l'idée que la protection de l'environnement peut être orchestrée par les communautés résidentes, lesquelles possèdent une profonde connaissance de la vie de la forêt. Des équipes de gardes forestiers, pour la plupart anciens braconniers, deviennent alors chargées de la protection de leur patrimoine forestier.

Dans cet esprit, naît quelques années plus tard, un concept original visant à accueillir du public dans la réserve. Il s'agit de créer un réseau de maisons arboricoles reliés par des tyroliennes pour habiter et découvrir la canopée avec des guides locaux.

 

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Chaque maison est située dans une vallée différente, laissant aux visiteurs, entre autres plaisirs, le luxe de méditer sur l'immensité de la forêt ancienne, sa protection et les modalités de sa mise en oeuvre.

Les objectifs sont multiples : lutter contre le braconnage et la déforestation, protéger les espèces en danger et la forêt primaire, améliorer le niveau de vie des population locales, sensibiliser à la préservation des ressources, ne pas dépendre des subventions, redistribuer les fonds à la protection de la forêt...

 

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La société ANIMO (SARL de droit Laotien), mandatée par le gouvernement pour protéger le patrimoine forestier de la réserve, s'applique à mettre en oeuvre différentes actions. Chantiers arboricoles, comptages et réintroductions d'espèces, maintenance des infrastructures (etc.) emploient progressivement un nombre croissant de villageois. A ce jour, ils sont plus de 70 personnes à travailler pour le projet : guides, chauffeurs, gardes forestiers, et même des cuisinières et des femmes de ménages arboricoles. Autrement dit, c'est toute une économie qui s'est créée autour de la conservation du patrimoine forestier. D'autre part, c'est une aire protégée qui s'appuie sur les pratiques culturelles. Ainsi, c'est un nouvel avenir qui se dessine pour ces populations. Savoir-faire et traditions ne riment pas ici avec le passéisme romantique qui figent le développement des minorités. Les guides parlent de mieux en mieux l'anglais, s'occupent à protéger leurs ressources, investissent dans le développement de leur village, notamment agricole.

Pour Jean-François REUMAUX, « un indicateur de bonne santé du projet, c'est que personne n'a encore souhaité l'abandonner... à l'exception d'une femme enceinte » !

 

Habiter la canopée

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« Notre objectif, c'est de vivre au dessus de la forêt, dans la canopée (...) lorsqu'on construit à ces hauteurs (plus de 30m du sol), on est par nature dans l'expérimental ».

En effet, si le rêve est similaire, on ne réalise pas de telles structures comme on construit une simple cabane. Environ 6 mois de travail sont nécessaires à une équipe de 5 personnes pour réaliser une maison dans cet environnement (hauteur de l'arbre, isolement du site, etc.).

 

« Sélectionner un arbre pour élever une maison à ces hauteurs, c'est d'une part travailler avec les locaux, écouter leur récit, leurs connaissances des arbres et de la vie de la forêt ». En effet, il faut prendre en compte différents paramètres : essence, santé et solidité de l'arbre dans son ensemble, nature du sol et enracinement. D'autre part, la position de l'arbre doit offrir un panorama intéressant et disposer dans la mesure du possible d'une source plus élevée que la maison pour que l'eau parvienne par gravitation.

Le choix du bois utilisé pour la construction impose de privilégier la légèreté, tout en conservant une relative dureté contre les termites et les rongeurs. Les différents bois utilisés proviennent de la réserve de Bokéo. Ils sont d'une densité de 0,55 à 0,75. Dans les salles de bains, sols et murs sont constitués de bois de rose imputrescible d'une densité de 0,95.

Ces structures sont protégées de la pluie par des toitures en feuilles de rotin ou de palme ce qui ne contraint pas à l'utilisation de traitement spécifique. Toutefois, la pente du toit devra être suffisamment forte pour limiter les infiltrations d'eau. Chaque arbre est équipé de paratonnerre et de haubans pour limiter les effets de balancements en cas de tempête.

Enfin, ce n'est pas moindre, il faut « mettre l'esprit de l'arbre et de la forêt dans le coup », on ne construit pas comme on veut dans la forêt. Les Laos organisent une cérémonie pour que les esprits acceptent qu'une maison soit édifiée à cet endroit.

 

Travailler dans le milieu de la construction « au sol » est un plus, s'inspirer d'une bonne bibliographie d'architecture arboricole l'est également, et la richesse, pour Jean-François REMAUX c'est d'avoir travaillé avec des « perles » comme il les appelle, tous spécialistes dans leur corps de métier respectif : chef de chantier, artiste-forain, installateur de téléski, architecte naval... « Avec l'expérience, on imagine plus facilement la forme finale que va prendre la maison, mais au début chaque poutre et chaque plancher posé amène à des modifications jusqu'à ce que l'on trouve un sens de circulation naturelle à la maison ».

 

Éléments d'architecture arboricole expérimentale

« On estime ne pas de modifier fondamentalement la nature de l'arbre (...) A 80% de sa hauteur, une maison arboricole constitue un supplément de 2 à 3% du poids de l'arbre ».

 

Type 1 : maison « Mak Hay » (plusieurs niveaux échelonnés entre 36 et 40m au dessus du sol).

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Arbre : Ficus annulata

Principe architectural : Poutres suspendues sur étriers

DSC_0368.JPGDSC_0371.JPGLe plancher est fixé aux poutres suspendues. Une terrasse sommitale et centrale agit comme précontrainte pour soulager l'effort exercé sur les branches porteuses.

Dans cet arbre, on trouve de nombreuses branches presque horizontales qui ont déjà l'habitude de porter leur propre poids. Elles sont donc moins sujettes à l'arrachement. La toiture est également suspendue.

 

 

 

Type 2 : maison « Ikos » (22m au dessus du sol)

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DSC_0429.JPGArbre : Ficus annulata

Principe architectural : Structure géodésique préconçue (polyèdre régulier : 20 faces équilatérales)

Le poids repose sur un point central. Les forces sont reparties sur l'ensemble de la structure. Un pneu soulage le point d'appui central. La structure a été agrandie avec des barres de flèches façon navale. La toiture est en tôle à cause de sa faible pente.

 

 

Type 3 : maison « Kisi » (38m au dessus du sol)

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DSC_0450.JPGArbre : Vatica Cinerea

Principe architectural : structure octogonale fixée sur un pilier central (ou parapluie inversé)

DSCF1241.JPGLes poutres sont fixées au tronc grâce à des plaques métalliques et à des tire-fond ancrés dans la partie dure de l'arbre. Le plancher est fixé à ces poutres. Des poteaux sont fixés au plancher et maintiennent le toit de feuilles.

 

 

 

7 km de câble pour découvrir la canopée

La sève circulant dans l'aubier (partie périphérique de l'arbre), il est important de ne pas couper sa circulation, ce qui aurait pour conséquence de provoquer la mort de l'arbre. Aussi, il est nécessaire d'utiliser des cales pour amarrer les câbles autour du tronc. Elles peuvent ainsi suivre la pousse de l'arbre, être desserrées ou déplacées.

Toutes ces infrastructures sont visitées quotidiennement par les guides. Tous les trois mois, c'est un contrôle complet de chaque structure. Si besoin, les pièces sont changées. La partie la plus délicate dans ce type d'environnement, c'est d'anticiper la pousse et la chute des branches sur le réseau de câble. Il y a donc un travail important de surveillance et de maintenance qui peut consister à faire tomber de manière préventive les arbres morts avant la prochaine tempête. La connaissance et le regard affûté des guides sont primordiaux. Histoires et légendes d'un arbre qui tombe sur une maison sont présentent dans toutes les familles des peuples de la forêt...

 

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La formule innovante, maisons arboricoles, tyroliennes et guides locaux, spécifique aux problématiques de ce territoire, ouvre de nouvelles perspectives quant aux modalités de gestion environnementale et à la prise en compte des populations locales. Dans les années à venir, le projet devrait pouvoir s'étendre à de nouvelles zones du Parc en passant de 6 à 12 maisons arboricoles :

« L'enjeu avenir n'est pas de développer les capacités d'accueil mais de mutualiser ces routes canopéènnes pour avoir plus de points d'entrée dans le Parc et plus de zones touchées, pour concerner de nouveaux villages et leurs habitants ».

Cette année, la réserve naturelle de Bokéo est devenue Parc national, au delà d'un soutien plus fort du gouvernement laotien, c'est également une marque de reconnaissance importante pour cette nouvelle forme de gestion environnementale.

 

Auteurs : Jérôme BOUQUEMONT et Amandine FANTONI
Association « Des vies et des idées... d'ailleurs »

Décembre 2008
www.eco-habitat-tour.org

 

 

Contacts et informations :

http://www.gibbonx.org

 

 

13 janvier 2009

Construire un gîte en chanvre

Une auto-construction dans les Hautes-Alpes

Pour commencer 2009,
petit coup d'oeil dans le rétroviseur
avec ce reportage daté de mai 2008.

 

Traditionnellement exploité en France comme litière animale et par l'industrie papetière, le chanvre fait depuis quelques années son entrée dans la construction.

Rencontre avec Jérôme Burgnard et Marie-Christine Dehais, agriculteurs et éco-constructeurs sur leur chantier à Villard Meyer, Pays des Ecrins.

 

Le chanvre : un matériau sain et polyvalent

ballo_chanvre.JPGLe chanvre est une plante ligneuse composée de trois parties, dont deux sont utilisées dans la construction : la fibre et la chévenotte (bois de la tige). La fabrication des matériaux de constructions dérivés du chanvre nécessite un broyage des ballots de paille de chanvre. Une fois broyés, la fibre (30%) et la chévenotte (70%), sont tamisées afin de les calibrer plus finement. On obtient ainsi plusieurs produits :

- le chanvre broyé (fibre et chévenotte) pour les mortiers et bétons de gros oeuvre ;
- le chanvre calibré fin pour les enduits ;
- la chévenotte pure pour les bétons, mortiers et enduits (photo ci-contre) ;
- la laine en vrac pour l'isolation.

Les qualités du chanvre sont aujourd'hui reconnues. Sa production est de plus en plus contrôlée et ses produits dérivés peuvent être certifiés. Son utilisation favorise une bonne isolation phonique ainsi qu'une très bonne régulation thermique. Il est recyclable et réutilisable en fin de vie. Il peut être employé seul ou avec d'autres matériaux ce qui lui confère une grande diversité d'utilisation. La cohésion de ce matériaux ouvre la possibilité à une architecture légère et à une certaine créativité.

De nombreuses raisons ont amené Jérôme Burgnard et Marie-Christine Dehais, agriculteurs biologiques et auto-constructeurs, à choisir le chanvre. Ils partagent volontiers leur plaisir à travailler avec ce matériau qu'ils découvrent. « Je voulais me lancer dans une éco-construction pour construire un nouveau gîte et disposer d'un bel outil de travail. Je me suis senti attiré par le chanvre plus que par tout autre matériau, tout d'abord parce que le terrain où se situe le gîte, La grande Roure, est sûrement un ancien champ de culture du chanvre. De multiples rencontres, la visite d'une maison en chanvre, nous ont par la suite rendu sensible à ce matériau. Enfin, une formation avec Canosmose, nous a définitivement décidé » explique Jérôme Burgnard.

« Ce qui m'a le plus séduit, c'est de parler d'enveloppe et non d'isolation, de travailler avec un matériau qui respire pour avoir une bonne atmosphère à l'intérieur de la maison » rajoute Marie-Christine Dehais.

 

La réalisation d'un béton de chanvre en remplissage d'une ossature bois

Extrait d'une expérience de chantier avec Jérôme Burgnard : « La mise en oeuvre du béton de chanvre en remplissage d'une ossature bois (ici poteaux poutres) est relativement simple pour peu que l'on respecte bien l'ordre d'admission des différents matériaux et que le mélange soit réalisé à chaque fois avec soins.

Il faut, tout d'abord disposer d'un malaxeur ou, dans notre cas, transformer une bétonnière en allongeant son contenant.

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L'eau est un élément clé qui devra être administré en aspersion. Il faudra être attentif à ne pas trop mouiller la chevenotte. Pour réaliser le béton de chanvre, il faudra ajouter à la chévenotte humidifiée de la chaux aérienne qui servira de liant, puis de la pouzolane et enfin du plâtre gros.

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L'ossature bois devra être banchée et le mélange sera damé à l'intérieur. Le damage est l'une des parties les plus longues de l'opération. Il consiste à compacter le chanvre de la façon la plus homogène possible à l'aide d'un râteau. La consistance épaisse et grumeleuse du chanvre ne facilite pas la tâche, et nécessite l'apport de petites quantités à chaque fois. Le résultat est cependant agréable et spécifique puisque les différentes couches sont visibles et forment des sortes de vagues. Un rendu assez esthétique. »

 

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Au final, pour un bâtiment de 60 m² au sol avec un étage, la charpente et l'ossature en poteaux poutres réalisées par des professionnels et le remplissage béton de chanvre en auto-construction, il aura fallu un mois pour mettre ce bâtiment hors d'eau, hors d'air.

Toujours enchanté de travailler avec ce matériau, Jérôme Burgnard pense à sa future dalle, qui sera elle aussi réalisée en chanvre...

 

Projet global : lier écologie, innovation et tradition locale

Le projet comprend la construction de 3 bâtiments : une salle d'activité, un bâtiment de vie et une piscine intérieure, sur une surface totale d'environ 300 m². Il permettra en effet, d'accueillir des groupes d'une vingtaine de personnes, d'organiser des stages, des réunions, des séminaires, etc.

Sur cet éco-gîte, ces deux auto-constructeurs ont voulu concilier leurs convictions à l'architecture et à l'esthétique local tout en s'inscrivant dans une démarche innovante. Ils ont choisi d'utiliser au maximum des matériaux écologiques (chanvre, laine de bois, laine de mouton, briques monomurs, etc.) et de favoriser une dépense énergétique minimum (isolation importante, panneaux solaires, récupération de l'eau de pluie, chaudière bois...). Ils ont également fait le choix de donner à ces nouveaux bâtiments l'aspect d'un petit hameau traditionnel pour une bonne intégration paysagère. Enfin, ils apportent une nouvelle prestation touristique locale par la création d'un gîte écologique à grande capacité d'accueil.

Conduire un tel projet n'est pas simple. En effet, pour recevoir du public, un bâtiment doit répondre à certains critères d'éligibilité, auxquelles certaines solutions écologiques, telle qu'un système de recyclage des eaux usées par phytoépuration, n'ont pas encore trouver d'écho dans les administrations compétentes. D'autre part, trouver un architecte qui conjugue des compétences en matière d'écologie, d'efficacité énergétique et d'architecture locale n'a pas été facile. Leur volonté « d'acheter local » a enfin été mise à dure épreuve du fait des coûts souvent plus importants.

 

Contacts :
Jérome BURGNARD et Marie-Christine DEHAIS
Villard-Meyer
05120 Saint-Martin-de-Queyrières

Pour en savoir plus :
www.bio-construction.com
www.canosmose.com

 

 

Auteurs : Jérôme BOUQUEMONT et Amandine FANTONI
Association « Des vies et des idées...d'ailleurs »
Mai 2008

 

30 décembre 2008

Construction d'une maison de bambou

Reportage sur les rives de la Nam-Lik, à Ban Van Mone, au Laos.

 

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Photo n°1

 

Maisons, échafaudages, palissades, cases, pilotis, ponts de singe, cloisons, artisanats, bijoux, verre, pipe à eau, médecine, balle à jouer, baguettes et jusque dans l'assiette... dans toute l'Asie, le bambou est l'expression de la créativité et permet d'exprimer différemment les richesses de sa culture.

Dans les constructions contemporaines asiatiques, le bambou est concurrencé par des matériaux au rapport durabilité/prix intéressant (taules ondulées par exemple), de fait leur utilisation décroît. Cependant, on le retrouve toujours à la ville comme à la campagne intégré aux constructions, ne serait-ce qu'en décoration.

Au Laos, le bambou est toujours omniprésent comme matériau de construction. On le retrouve dans tous les villages et il n'est pas rare de voir des villages entièrement édifiés en bambou. Contrairement à leurs voisins, les Laos persistent à construire avec ce matériau. Est-ce là une simple cause économique ou un profond ancrage culturel ?

Un Lao, habitant à proximité du village de Ban Van Mone raconte que traditionnellement en l'absence d'écriture, on apprenait à tisser le tissu comme à tresser le bambou, en chanson. Le rythme permettait, en l'absence de chiffres et de calculs, de reproduire les motifs et les techniques....

 

Éléments d'architecture traditionnelle en bambou

La première étape avant de construire une maison en bambou consiste à repérer des bambous âgés de 2 à 3 ans. Leur coupe aura lieu, à la nouvelle lune, lorsque la sève est au plus bas. Les Laos distinguent différentes sortes de bambou et les nomment en fonction de leurs usages et de leur localisation.

Traditionnellement, le bambou est traité avant d'être utilisé comme un matériau de construction. Ce traitement consiste à l'immerger totalement dans l'eau pendant une longue durée. Ainsi, il pourra mieux résister aux attaques des insectes. Le temps d'immersion nécessaire varie selon l'espèce (de 2 à 6 semaines minimum)... et le temps disponible avant la construction!  Les avantages de cette technique sont indéniables d'un point de vue économique et écologique. Toutefois, ce long procédé reste difficile à mettre en oeuvre selon si le lieu est à proximité d'un point d'eau suffisamment large. Heureusement, le Laos est un véritable château d'eau. Il est donc courant de recourir à cette technique. En outre, les bambous transitent souvent par la rivière pour arriver à destination.

 

Le travail du bambou

Une simple machette semble suffire au Laos pour travailler le bambou. Sa structure naturelle lui permet d'être sectionnée en morceaux cloisonnés, débitée dans sa longueur pour en faire des planches, ou encore finement effilée pour utiliser sa fibre. Le plus commun des travaux consiste à passer d'une structure originellement circulaire à des éléments plats. Pour cela, le morceau de bambou est fendu de multiples fois aux extrémités. Il est ensuite tapé à différents endroits pour le fendre dans sa longueur. Le morceau de bambou se fend mais reste en un seul morceau grâce à ses entre-noeuds. Ouvert de bas en haut, le bambou est ensuite aplati par pliage forcé dans le sens contraire à la longueur. Les entre-noeuds de la face intérieure sont enfin rabotés pour aplanir au maximum ce morceau de bambou aplati.

 

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Photo n°2

 

La structure d'une maison

La maison traditionnelle Lao, de forme rectangulaire, est dressée sur pilotis pour se protéger des inondations et de l'intrusion des animaux tels que les rats et les serpents. Ces maisons bien ventilées, sont particulièrement adaptées au climat tropical.

 

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Photo n°3          Photo n°4                                         Photo n°5

Toute la structure de la maison, du sol au toit, peut être édifiée en bambou (photo n°4). Cependant on trouve de plus en plus de structure en bois (photo n°5). Les pilliers sont enfoncés dans le sol. Ils soutiennent généralement quatre poutres, qui soutiennent elles même des bambous d'un diamètre de 5cm environ (photo n°4 et n°5) qui forment un quadrillage. Ce dernier supporte un plancher généralement constitué de larges bambous applatis d'une largeur de 30 à 50cm et d'une longueur équivalente à celle de la pièce (photo n°2).

 

Murs et cloisons

 

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DSC_0359.JPGPhoto n°6                                Photo n°7

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Photo n°8                         Photo n°9

 

Les murs et les cloisons sont constitués de demi-bambous aplatis, aux entre-noeuds et rabotés (photo n°6). Ces grandes lamelles sont tressées (photo n°7) en grande natte puis séchées au soleil pendant plusieurs jours. Une fois séchée, la natte est solidement resserrée en tapant chaque croisement du haut vers le bas. Ainsi, la structure est solidifiée et il devient impossible de voir à travers (photo n°8). Les extrémités sont fixés par un pliage qui revient dans le tressage, puis noués avec de la fibre de bambou.

Deux nattes constituent le mur d'une maison permettant ainsi une meilleure isolation thermique (photo n°9).

 

La couverture

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Photo n°10                                 Photo n°11

 

Selon le type de feuilles utilisé (rotin, palme, canne à sucre, etc.) le pliage est différent. Généralement, les feuilles les plus fines sont pliées autour d'une lamelle de bambou puis nouées avec du fil (photo n°11). Les feuilles de palme plus larges, sont pliées et coincées entre 3 lamelles de bambou (photo n°10).

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Photo n°12                        Photo n°13                        Photo n°14

 

Cet assemblage est ensuite disposé sur le toit comme de larges tuiles de 1,50m sur 60cm environ (photo n°13). Lorsqu'elles sont fixées, elles se recouvrent sur les 2/3 de leur longueur (photo n°12 et n°14). La pente doit alors être suffisante pour éviter les infiltrations d'eau.

 

Les tuiles de bambou

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Photo n°15                     Photo n°16                         Photo n°17    

 

Souvent constituée d'un assemblage de feuilles, une couverture peut également être faite en tuiles de bambou (photo n°15). Découpé en morceau de longueur équivalente, l'entre-noeuds du haut n'est pas raboté. Cette accroche permettra de poser facilement la tuile sur la panne (photo n°16). De la fibre de bambou enroulée permet de maintenir fermement la tuile (photo n°16). Les pannes et les tuiles sont disposées de façon à se recouvrir sur les 2/3 de leur longueur également.

Cette technique permet également de stocker et de transporter facilement les tuiles (photo n°17).

Il existe également des toitures qui rappellent étrangement les tôles ondulées. Les bambous sont simplement fendus en deux dans leur longueur avant d'être disposé sur le toit (photo n°18 et n°19)

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Photo n°18 (vue du dessus et vue de biais)

 

Il est difficile de donner une durée de vie à une maison en bambou. De la même façon qu'une maison en bois, sa durabilité dépendra du traitement appliqué et de son entretien. D'après les habitants de Ban Van Mone, une maison en bambou peut durer 10 ans sans entretien et au moins le double si la structure est vernie et traitée ! Il est certain que les questions de confort et de durabilité diffèrent selon la culture, le mode de vie et les attentes de chacun... Se sentir bien chez soi n'est-ce pas l'essentiel ?

 

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Le bambou

 

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Une fibre extraordinaire

Les bambous sont des plantes monotylédones appartenant à la famille des poaceae. Pas exactement un arbre, pas non plus une graminée... mais une graminée ligneuse. La tige principale est un chaume, ou canne lignifié, creux et cloisonné avec des noeuds. Le bois des chaumes, riche en silice, est très dur et très résistant. La croissance peut être très rapide (jusqu'à un mètre par jour).

On en compte environ 80 genres et plus de 1200 espèces. Qu'ils soient épais, fins, colorés, rayés, brillants, durs, légers, etc., on leur trouve toujours une utilité.

D'un point de vue environnemental, le bambou constitue une plante intéressante puisqu'il peut fixer une quantité importante de CO2. Sa culture ne nécessite pas ou peu d'engrais. Il limite l'érosion des sols grâce à un système racinaire très dense. Mais, voilà... le bambou est aussi répertorié comme une plante invasive et peut porter préjudice à l'écosystème local.

Il est possible de retrouver le bambou un peu partout et sous plusieurs formes : plante ornementale, pâte à papier, textile, meubles, éléments de construction, etc.

 

Dans la construction

Son faible poids et sa relative élasticité en font un excellent matériau de construction. Il est d'ailleurs de plus en plus reconnu pour ses qualités anti-sismiques. Ses performances à volume égal lui permettent de concurrencer le bois. Certain parle même « d'acier vert ». Différentes entreprises cherchent à développer ses utilisations et à faire homologuer leurs produits. En effet, pour le meilleur et pour le pire, le bambou est un matériau difficilement standardisable. Tous les bambous se ressemblent, mais il n'y en a pas deux identiques. C'est pourquoi, son développement est son utilisation en tant que matériau de construction reste hautement dépendant des savoir-faire disponibles localement.

A cela, une entreprise française (Bambou Habitat) tente toutefois de répondre, en développant des structures préfabriquées répondant aux normes européennes. Des architectes renommés, tels que Simon Vélez en Colombie, contribuent également au développement et à la reconnaissance de cette fibre.

 

Auteurs : Jérôme BOUQUEMONT et Amandine FANTONI - Décembre 2008
Association « Des vies et des idées... d'ailleurs »
www.eco-habitat-tour.org

 

 

29 novembre 2008

Toitures végétales japonaises

« Vous qui marchez sans les voir »

 

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Les toitures végétales

Les premières toitures végétales remontent à la préhistoire. On retrouve chez nos voisins scandinaves et européens de nombreuses formes de construction traditionnelle utilisant des toitures végétales. Le principe consiste à déposer un épais mélange de terre avec des végétaux enracinés permettant ainsi une bonne isolation du bâti. Longtemps considéré comme marginale, le développement de cette technique fait aujourd'hui de nombreux adeptes dans le monde entier. Les enjeux environnementaux de ces dernières décennies ont relancé l'intérêt pour cette technique.

Il existe trois types de toitures végétales : intensive, semi-extensive et extensive, selon l'épaisseur du substrat, le type d'espèce arboré ou végétale planté et son mode d'arrosage ou d'entretien. L'exposition, la pente et la situation climatique imposent des adaptations. La structure porteuse d'un toit végétalisé est généralement recouverte d'une couche d'étanchéité, d'une couche de drainage ou de filtration, d'un substrat de croissance et enfin d'une couche végétale.

Les avantages, destinés tant aux propriétaires qu'à l'environnement urbain, sont multiples. En effet, une couverture végétale permet de réduire le ruissellement des eaux, de filtrer les polluants atmosphériques contenus dans les eaux de pluie, de réduire la consommation énergétique (une bonne isolation c'est moins de chaleur en hiver et moins de climatiseur en été) et de réduire les îlots de chaleur.

Les toits verts nécessitent cependant des aménagements spécifiques pour supporter le poids des eaux après un orage et sont mal adaptés aux fortes pentes.

 

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Plus de 60 arbres plantés à l'étage.
Cour intérieure de l'International Exhibition Center de Tokyo.

 

Les métropoles du Japon sont sujettes à un développement fulgurant. Manque d'espace, îlots de chaleur, multiplication des appareils de refroidissement, qualité de vie, qualité de l'air : autant de problématiques auxquelles le gouvernement et les municipalités doivent faire face.

Profitant des espaces non utilisés, soit généralement en haut des bâtiments, les toitures et les façades végétales se développent. Un véritable bol d'air pour les milieux urbains... et leurs citadins.


Des choix politiques (exonération, incitation et restriction)

De nombreux programmes voient le jour du nord au sud du Japon. En 2000, le gouvernement japonais met en place une politique incitative visant à reverdir les zones urbaines. Une réduction de 50% sur les taxes foncières en vigueur peut être accordée pendant 5 ans. Plusieurs quartiers et secteurs urbains sont désignés.

A ces mesures s'ajoutent les orientations locales d'aménagement. Par exemple, la ville de Tokyo initie dès 2000 les premières orientations spécifiques aux toitures végétales. Elle impose pour les constructions de plus de 1000 m², soit à verdir au minimum 20% de l'espace inutilisé de la toiture du bâtiment, soit à aménager au sol ou sur les façades une zone végétale équivalente.

Le non respect de ces mesures conduits à des amendes financières. En 2002, la ville d'Osaka met en place une politique incitative en proposant des avantages financiers lorsque ces espaces verts sont rendus accessibles au public.

 

Recherche et développement

Dans ce contexte où les enjeux environnementaux sont autant économiques que sociaux, de nombreuses entreprises se spécialisent et développent de nouveaux produits standardisés aux caractéristiques testées et reconnues. Les toitures végétales deviennent de plus en plus légères1, faciles à entretenir, adaptées aux variations du climat, etc.

Intégrée dès la conception du bâtiment, une toiture végétalisée sera indéniablement plus performante. Toutefois ,plusieurs systèmes (station d'arrosage automatique, tapis pré-végétalisé, etc.) permettent d'introduire une toiture végétale sur un bâtiment existant.

DAIWA house propose par exemple, un système permettant de fixer une couverture végétale sur les toitures standards des grands hangars industriels.


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Centre d'expérimentation de DAIWA house. Nara.

 

Le groupe japonais Suntory, présente un sol artificiel plus spongieux, solide, et léger que la terre. Seul 450 grammes de ce matériaux pourrait renfermer autant d'eau qu'un kilo de terre (Dépêche AFP : 26/02/08).

 

Quelques exemples

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Surnommée la colline d'Osaka, le Central Gymnasium offre un îlot de verdure aux promeneurs. Entre les arbres et les pelouses, on oublierait presque que l'on marche sur l'un des plus grands complexes sportifs du Japon.

 

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Toitures végétales des résidences de Setagaya Ward. Tokyo
Eco-Quartier labellisé CASBEE.

 

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Un promontoir idéal pour comtempler le détroit.
Toiture végétalisée du marché au poisson de Shimonoseki.

 

 

Tout en améliorant la qualité de vie, ces pratiques écologiques sont un formidable moyen de tirer profit des espaces urbains non-utilisés... Il paraît même que certains en profiteraient pour faire du sommet de ces buildings leurs potagers !

 

Auteurs
Jérôme BOUQUEMONT et Amandine FANTONI - Octobre 2008
Association « Des vies et des idées... d'ailleurs »
(blog et site)


 

Informations

Toitures végétales : cf. Wikipédia, l'encyclopédie libre

1Les constructions japonaises sont soumises à une réglementation stricte en raison du risque sismique.

 

NB : n'oubliez pas de donner votre avis via le sondage ci-dessous !

 

23 novembre 2008

« Kobunaki »

Le premier écovillage japonais tourné vers le grand public

Reportage à Omihachiman, Préfecture de Shiga, Japon

 

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(© Kobunaki-Ecomura)

 

Implanté dans une agglomération de près de 70 000 habitants, Kobunaki, le premier écovillage japonais, propose en lien avec les collectivités, les entreprises et les producteurs de la région, un nouveau mode de vie pour le grand public. Selon un concept original, ce projet ambitieux vise à accueillir 370 familles d'ici trois ans. Lors de notre visite en octobre 2008, ce n'est encore qu'un quartier résidentiel en construction, avec des maisons-témoins, des grues, des camions et des ouvriers qui s'activent...

 

Un enchaînement rapide

L'aventure commence en 2000, lorsqu'un architecte, Takashi Akimura, rencontre un professeur de politiques environnementales, le Professeur Niren. Convaincus que des initiatives communautaires locales sont porteuses de solutions durables, ils se lancent dans la création du premier écovillage au Japon. Associés à plusieurs experts et membres du GEN (Global Ecovillage Network) puis à des chercheurs, universitaires, associations, collectivités, entreprises, constructeurs, (etc.) élargissant sans cesse le processus de concertation, ils définissent les grandes lignes d'un premier projet.

En 2002, la société Chikyunome, acquiert 15 hectares de friches agricoles sur la commune de Omihachiman. Présenté en 2003 aux autorités locales et préfectorales, le projet est retenu pour s'insérer dans les politiques de développement local. Dans les deux années qui suivent, un plan de développement et d'aménagement est approuvé. En 2006, les travaux débutent. Les premiers résidents s'installent en 2008.

 

Un fonctionnement original

Le point clé de la réussite d'un tel projet réside, selon Tomomi Takada, chargée du développement communautaire de l’écovillage, dans l’organisation institutionnelle.

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Une société privée, Chikyunome, propriétaire des 15 hectares, s'occupe de la vente des parcelles aux particuliers et aux constructeurs. Les 13 employés orientent les entreprises et les producteurs locaux, s'occupent du suivi des projets et veillent au bon fonctionnement de la communauté. Ils doivent être consultés préalablement à la demande de permis de construire.

Une ONG (Ecomura) organise des séminaires et des ateliers de façon à faciliter la mise en oeuvre au quotidien d'un mode de vie durable. Elle s'occupe également du travail en réseau et des échanges d'expériences au Japon et à l'international.

Une nouvelle institution est initiée en 2003, le « conseil promotionnel préfectoral de Kobunaki ». Elle regroupe la préfecture de Shiga, la commune de Omihachiman, divers organismes du secteur agricole, la société privée Chikyunome, et l'ONG Ecomura. Au terme de deux années de concertation, les différentes réunions thématiques entre les membres de ce comité et les nombreux acteurs du projet ont permis d'aboutir à un programme de 23 actions et d'intéresser les investisseurs (fonds IRS, banques, sociétés privées, etc.).

Ainsi cet écovillage bénéficie d'un plan de développement et d’aménagement (Kobunaki masterplan) adossé à un code paysager environnemental et social (Kobunaki Ecovillage Design Code). Ce dernier est constitué de 10 chapitres à destination des particuliers et des professionnels. Actuellement géré par Chikyunome, il devrait à l’avenir être géré par la communauté de résidents. Le « Masterplan », quant à lui, assure la cohérence du projet avec les normes réglementaires. Il prévoit notamment pour les espaces communautaires et privées, la taille, la forme des parcelles, le type de construction ainsi que leur agencement les uns par rapport aux autres et les raccords aux réseaux de distribution (eau, électricité, etc.). En outre, il est prévu des arbres fruitiers sur tous les espaces verts pour créer un « paysage à croquer » et des potagers entre chaque maison.

Concrètement, les habitants, propriétaires d'une parcelle de terrain pourront bénéficier de nombreux avantages. Idéalement situé, routes et pistes cyclables relient les principaux services et lieux de détente de l'agglomération (écoles, gare, hôpital, centre ville, lac, etc.). Un résident pourra bénéficier, notamment via les filières municipales et préfectorales, du bois d'oeuvre local, de matériaux recyclés, composteurs et récupérateurs d'eau de pluie à des prix intéressants. Marchés et boutiques de produits biologiques, séminaires et ateliers d’écologie pratique, devraient leur permettre de mettre en oeuvre un mode de vie sain et durable au quotidien. Jardin et bâtiment communautaires sont également prévus pour échanger et laisser exprimer sa créativité.

 

Des maisons écologiques sur catalogue

Le marché de la construction japonaise présente une importante proportion de matériaux écologiques. En effet, depuis les années 70 et la première crise pétrolière, la course à l'efficacité énergétique s'est développé et ce secteur est devenu compétitif.

Actuellement, 10 constructeurs sont respectivement associés à un ou plusieurs lots de parcelle. Un éventuel acheteur peux donc choisir l’emplacement qu’il désire ou choisir une maison sur catalogue dans une gamme souvent spécifique à l’écovillage. Une auto-construction peut également être envisagée si les critères du « design code » sont respectés. On retrouve parmi les constructeurs, certains industriels japonais spécialisés dans ce domaine tels que Misawa et Panahome, et une majorité de constructeurs locaux.

Généralement moins sensibles à ces problématiques, ces derniers ont saisi l'opportunité et expérimentent aujourd'hui une nouvelle gamme de maison. Kobunaki présente donc un bel éventail de ce que l'on peut entendre par « construction écologique » au Japon. Selon sa sensibilité et son portefeuille, il est possible de choisir parmi des maisons passives, avec ou sans toitures photovoltaïques, des maisons à ossature-bois anti-sismique, des matériaux naturels et recyclés pour les intérieurs, etc.

Quelques exemples de maisons présentes à Kobunaki :

 


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(© Kobunaki-Ecomura)

 

Un modèle reproductible ?

Confronter les valeurs d'un écovillage aux réalités administratives, économiques et sociales pour s'ouvrir à un large public devrait pouvoir faire école. Il aura fallu faire des compromis, dessiner plusieurs fois les plans et s'entendre avec les autorités locales. Néanmoins, cette initiative exemplaire montre bien qu'il est possible de trouver des intérêts partagés dans un tel projet. Ce travail devrait d'ores et déjà inspirer la création de projets similaires, voire dans quelques années, devenir une référence en la matière.

 

 

Auteurs :
Jérôme BOUQUEMONT et Amandine FANTONI - Octobre 2008
Association « Des vies et des idées... d'ailleurs »
www.eco-habitat-tour.org

 

Contacts et informations :
http://www.chikyunome.co.jp/en/
http://www.kobunaki-ecomura.com/
(en japonais)

12 octobre 2008

Recycler une maison de bois...

... pour maintenir des savoir-faire et développer le tourisme.

Reportage auprès du Clubul Montan Apuseni – Cheia, Roumanie
Un dossier d'Amandine FANTONI et Jérôme BOUQUEMONT réalisé en sept. 2008.

 

 

Un clic pour agrandir !La Roumanie offre encore aujourd'hui une fabuleuse mosaïque d'architecture populaire. La maison traditionnelle, témoin d'une histoire locale, rend hommage à l'imagination et au savoir-faire des hommes qui ont cherché à s'adapter à leur environnement.

Porteur d'un projet de développement éco-touristique dans les Apuseni, une région isolée de moyenne montagne, le Clubul Montan Apuseni cherche à développer l'offre touristique, notamment de randonnée et de découverte des patrimoines, pour revitaliser l'économie de ce territoire et sensibiliser à l'environnement.

 

Cet été 2008, aura été l'occasion de réhabiliter une maison traditionnelle en bois pour préserver des savoir-faire et disposer d'un nouvel espace pour accueillir et informer les visiteurs.


Un clic pour agrandir !Dan MOISA, Président du Clubul Montan Apuseni organise un chantier avec Cordea Marin, Maître-artisan et Peace Corp., organisation américaine de volontariat international. Durant une semaine, une trentaine de volontaires vont pouvoir s'initier aux méthodes de construction locale... et vivre une fabuleuse aventure roumaine !

 

 

Dans les Apuseni, les maisons traditionnelles présentent une structure en bois massif de type « poutres ». Cette structure « simple et brute » rend la maison traditionnelle roumaine facilement démontable. Il est ainsi courant d'acheter une maison sans le terrain, de la démonter, la déplacer, puis de la remonter sur un autre terrain. En apparence, rien de très complexe dans cette entreprise, toutefois, l'exemple du chantier de Cheia et le savoir du maître artisan, sont source d'apprentissages.

 

Si les maisons traditionnelles en bois de Roumanie présentent des similitudes, on distingue dans chaque village les signes de leur singularité (maison du charpentier, maison du meunier, etc.) et de l'inventivité de leurs occupants (décoration et gravures sur les porches, les portails, etc.). L'éventail des matériaux utilisés permet également de laisser s'exprimer les savoir-faire et les techniques. Les espaces de vie, présentent généralement la même organisation, cependant la maison principale, l'organisation de la parcelle et le positionnement des bâtiments annexes (cuisine d'été, toilettes, bâtiment agricoles, etc.) entretiennent une étroite relation avec leur proche environnement (ensoleillement, vents et situation de la parcelle, etc.).

A Cheia, la maison originelle était composée d'une pièce principale carrée, destinée à dormir, manger et cuisiner. Une entrée étroite permettait d'alimenter le feu pour fumer la viande à l'étage. La nouvelle maison devant répondre à sa vocation d'hébergement touristique, il a fallu repenser ses contours selon ces objectifs : utiliser principalement les matériaux de l'ancienne maison, respecter au maximum les méthodes traditionnelles pour la reconstruire et élargir les ouvertures pour plus de luminosité.

 

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Laissée à l'abandon depuis plusieurs années, de nombreuses poutres étaient en mauvais état et d'autres inutilisables. Il aura été nécessaire de réduire la taille du nouveau bâtiment et produire de nouvelles poutres sur place.

Isolé au coeur des Montagnes Apuseni, le village de Cheia, ne permet pas d'acheminer des matériaux par la route. Pour s'y rendre, Il faut emprunter les sentiers. Une main d'oeuvre importante pour le transport du bois et le remontage de la maison était nécessaire. Tout s'est fait à dos d'homme !

 

Un clic pour agrandir !

 

Un clic pour agrandir !Le sous-bassement de la maison a été réalisé en extrayant des pierres et du sable de la rivière voisine. Cette procédure réveilla les plus conservateurs des milieux naturels chez les volontaires... Faut-il préserver un éco-système ou des savoir-faire ? Un débat était lancé ! L'encastrement des poutres a suivi le principe traditionnel de type « tenon/mortaise ».

 

Traditionnellement, seuls des clous de bois étaient utilisés pour solidariser la structure. Si de nouveaux clous de bois ont été taillées pour remplacer les anciens, des clous en acier sont toutefois venues parfaire cette structure. Les nouvelles poutres ont été réalisées sur place. L'oeil et la hache de l'artisan, aussi aiguisés soient-ils, n'ont pas permis d'éviter de légers espaces entre les poutres. Pour cela, un treillis de bois directement disposé sur les poutres sera fixé afin d'appliquer un enduit qui permettra d'aplanir la surface et de parfaire l'isolation. On retrouve localement deux types d'enduits : un mélange sable-paille-terre argileuse ou plus simplement un mélange  « bouse » de vache et paille. La maison rénovée présentera des poutres apparentes à l'extérieur et un treillis de bois enduit à la chaux à l'intérieur. La toiture et sa structure n'étaient plus en état sur la maison originelle. Un toit de chaume traditionnel sera réalisé par un maître artisan spécialisé dans ce domaine. Localement, cette spécialité devient rare. Il s'agit en effet, de mélanger des branchages et de la paille en les disposant du bas vers le haut. Tassée au fur et à mesure par le poids de l'homme, la couverture est lissée au râteau puis égalisée avec un large outil tranchant. Solidement comprimée grâce à de larges pieux verticaux qui pointent vers le ciel, la couverture est rendue solidaire de la structure bois, ce qui lui assure un bonne résistance notamment au vent. La forte pente et le lissage de la couverture permettent d'éviter les accumulations de neige et les infiltrations d'eau. Traditionnellement, aucune ouverture ne laissait la fumée s'échapper. Au fil du temps, une épaisse pellicule de suie profitait à l'étanchéité et éloignait les rongeurs.

 

Un clic pour agrandir !La construction de cette maison a permis de réhabiliter un bâtiment traditionnel qui tombait en ruine, de recycler l'essentiel des matériaux de ce dernier, d'initier de nombreux volontaires aux techniques de constructions traditionnelles et ainsi de contribuer au maintient des  savoir-faire locaux. Une fois finie, cette maison entièrement construite avec des matériaux extraits de l'environnement proche aura la noble particularité de se fondre dans son paysage, tout en rappelant aux randonneurs, les nombreux tas de foins coniques qui parsèment  les paysages de ces belles montagnes.

 

Loin d'être représentatif des initiatives de développement du secteur touristique roumain, espérons toutefois que ce projet inspire promoteurs et développeurs... Ahhh ! qu'il fait bon vivre  dans une chaumière !

03 août 2008

ZMAG...

... une ONG, un écovillage et des outils pour une révolution verte et durable.

ZMAG


Une éolienne sur le toit d'une école près de Zagreb, des composteurs dans un jardin collectif urbain en Bosnie-Herzégovine, des ateliers pour apprendre à construire des collecteurs solaires, des conférences pour sensibiliser un large public... L'éventail des domaines d'intervention de ZMAG, une ONG croate basée dans un écovillage près de Zagreb est impressionnant. Cette organisation qui rayonne dans tout l'ouest des Balkans a été félicitée par l'UNDP (United Nations Development Programme) pour l'exemplarité de ses actions en faveur d'un développement durable (réinsertion,  éco-construction, énergie renouvelable, etc.) et pour la mise en oeuvre de solutions pratiques sur son projet de « Ferme recyclée » (production de bio-carburant, recyclage de l'eau, permaculture, cuiseur solaire, capteur solaire, micro éolienne, etc.).

Drazen SIMLEZA, un des membres fondateurs de ZMAG et maître de conférences en « Développement durable » à l'université de Zagreb explique comment de jeunes activistes plus connus sous le nom de « Vukomerik Group » ont réussi à recentrer leur travail autour d'un lieu ouvert aux porteurs de projet désireux d'expérimenter et de mettre en pratique le développement durable.


Une ONG, un ecovillage, un groupe de passionné... l'éventail de vos domaines d'intervention et de compétence est très vaste... Qui êtes-vous ?

ZMAG signifie « Zelena Mreża Aktivistiċkih Grupa – Groupe alternatif pour des actions vertes ». Nous sommes organisés en ONG et nous avons pour objectif principal de promouvoir et de mettre en oeuvre le développement durable au quotidien, de développer des actions de coopération et de transmettre nos techniques et nos savoir-faire a un large public.  Nous privilégions principalement des alternatives peu coûteuses financièrement.

Notre projet le plus important consiste à bâtir un lieu d'expérimentation, de sensibilisation et d'accueil du public : « la ferme recyclée ». Environ une trentaine de personnes sont impliquées autour de ce vaste projet et dix personnes s'occupent du fonctionnement de l'ONG.

Toiture végétalisée et micro-éolienne à la «ferme recyclée»

Toiture végétalisée et micro-éolienne à la «ferme recyclée»


Vous êtes jeunes et d'horizons différents... Comment en êtes vous arrivés là ?

Il y a une dizaine d'années, nous étions tous impliqués dans des actions de dénonciation et de protestation ainsi que dans différents mouvements alternatifs. On avait cependant le sentiment de passer à coté de quelque chose. On voulait offrir des alternatives pour appuyer nos revendications. C'est pourquoi, il y a 6 ans, on a investi le peu d'argent qu'on avait pour acquérir une parcelle de terre et un bâtiment délabré. Nos débuts ont été durs, on n'avait pas d'argent, peu de connaissances appliquées et pas de notions en matière d'organisation sociale... Notre amitié et notre énergie n'ont pas été suffisantes pour surmonter tout ce qui nous attendait. Une majorité de personnes sont parties. Ces années d'apprentissage ont cependant été nécessaires. Depuis deux ans, nos actions sont sans commune mesure avec le passé.


Vous semblez proposer des solutions concrètes. Comment avez-vous appris à les mettre en oeuvre ? 

Peut-être de la manière la plus dure... Par nous même ! D'une certaine façon nos erreurs deviennent autant de bons conseils pour transférer des techniques, ça nous permet d'avancer. Le mauvais coté de ces apprentissages, c'est l'énergie, le temps et parfois l'argent que ça nous coûte. Sans la motivation et le soutien de tous, ce serait beaucoup plus difficile.

Il nous arrive de faire appel à un professionnel lorsque ça peut-être dangereux, que ça pourrait nous coûter beaucoup d'argent ou que nous n'avons pas suffisamment de connaissances dans le domaine. Lorsqu'une personne vient de l'extérieur pour enseigner, on essaye dans la mesure du possible d'organiser un atelier pour que plusieurs personnes puissent participer. De notre coté cela suppose une organisation particulièrement efficace.

Nous travaillons en partenariat avec le Global Ecovillage Network (GEN) et le Balkan Ecovillage Network (BEN), ces réseaux nous permettent d'échanger des connaissances de façon informelle. Par exemple, pour construire notre système de chauffage bois, nous avons fait appel à un spécialiste slovaque, en échange, un des nôtres est parti là-bas pour leur expliquer comment mettre en oeuvre une micro station de recyclage de l'huile de friture pour produire du bio-carburant.

Nous devons régulièrement faire appel à des spécialistes étrangers. Les connaissances pratiques en matière de développement durable ne sont pas facile trouver en Croatie.

Éco-rénovation d'un bâtiment traditionnel

Éco-rénovation d'un bâtiment traditionnel


Vous avez construit une des premières maisons en paille de Croatie... Quelle est la situation de la construction écologique dans ce pays ?

Pas très bonne et cela pour plusieurs raisons. Nous avons peu d'experts et peu de produits écologiques standardisés. D'autre part, je n'ai pas l'impression que le gouvernement soutienne ce genre d'initiative. Les méthodes de constructions alternatives type « botte de paille » ne sont toujours pas autorisées. Il faut faire avancer les lois. A l'avenir, intervenir à ce niveau va certainement constituer une part importante de notre travail.

On note quelques changements ces dernières années, ils sont cependant trop localisés et trop lents selon moi. Au vue de l'urgence de la situation, il faudrait beaucoup plus de programmes et de projets appliqués.

Maison en paille et toiture végétalisée

Maison en paille et toiture végétalisée


Quelles relations avez-vous avec les autorités locales ?

Nous avons la chance d'avoir localement des personnes sensibles à ces questions de développement durable. Nous développons des projets conjointement pour le développement de notre site mais également à destination des autres citoyens. Notre dernier projet consistait par exemple, à fabriquer des panneaux solaires avec des étudiants sous forme d'ateliers. Puis accompagné d'un professionnel nous avons placés ces panneaux sur le toit d'une école.


Comment êtes-vous financés ?

On monte des projets et on investit également notre propre argent. S'il est possible de trouver des fonds pour financer nos programmes d'action, nous n'avons pas de soutien financier pour notre fonctionnement. Pour notre écovillage, nous arrivons toutefois a obtenir d'importants soutiens matériels (panneaux solaires, batteries, micro-éolienne, etc.).


Comment faites-vous pour mobiliser vos partenaires ?

Généralement, nous démarchons différentes organisations ou autorités locales avec un avant-projet. Nous leur proposons de devenir partenaire et faisons en sorte qu'ils prennent leur responsabilité au sein du projet. Il nous arrive maintenant d'être directement contactés pour mettre en place un projet. 


Votre livre « Des outils verts pour une révolution durable » n'est édité qu'en Croate. Pourquoi ?

Parce que des outils similaires existent déjà en Anglais. Quand nous avons commencé, nous avons du partir à l'étranger pour nous former. Ce n'est pas forcément évident d'évoluer dans ce domaine en Croatie, c'est pourquoi, nous avons souhaité nous adresser aux Croates en priorité. Si quelqu'un veut se lancer dans une aventure similaire, nous sommes là !


Avez-vous des conseils à donner à tous ceux qui souhaiteraient suivre votre élan ?  

L'essentiel de la réussite d'un projet comme le nôtre, n'est pas d'avoir un beau jardin ou une superbe maison, c'est la satisfaction de réussir ensemble. Les acteurs du projet et les relations sociales sont primordiales, le groupe est notre réservoir d'énergie et de motivation...

Mon seul conseil : ne jamais abandonner et rester créatif !

Nouvelle invention en bois cordé à venir...

Nouvelle invention en bois cordé à venir...


Contact et informations : http://www.zmag.hr

 

Un reportage d'Amandine et Jérôme
bientôt disponible sur le site !

23 juillet 2008

Le parc national des lacs de Plitvice

Diversifier les activités pour préserver le site.

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Le parc national des lacs de Plitvice a la particularité d'être rentable économiquement, du fait de la présence - en amont de la création du parc - de bâtiments et d'hôtels sur le point de concentration des visites dont il est gestionnaire. Comme le dit Vlatka RUZIC, responsable marketing du Parc : "le fonctionnement de ce Parc est me semble-t-il unique au monde, puisque  nous fonctionnons comme une compagnie."


1/ Les Parcs nationaux Croates et l'habitat

Les parcs nationaux de Croatie sont au nombre de huit et représentent aujourd'hui, une superficie équivalent à 7,5% du territoire Croate.
Concernant l'habitat, dans les parcs nationaux Croates, les permis de construire sont soumis à l'autorisation du ministère de la Culture. Les bâtiments doivent en général utiliser des matériaux de construction traditionnels et respecter l'aspect traditionnel du bâti. Le parc fait son possible pour accueillir les visiteurs dans des locaux traditionnels, mais il ne dispose pas actuellement d'une politique particulière concernant le bâti. Les constructions privées sont donc uniquement soumises aux décisions du ministère de la Culture.
Tous les parcs nationaux dans le monde sont animés du même esprit et investis de deux types de missions : protéger la nature et gérer la fréquentation du public. Pour le Parc de Plitvice, elles sont les mêmes.


2/ Le Parc de Plitvice
DSC_0234.JPGSitué au sein d'un plateau karstique, le parc national des lacs de Plitvice a été créeé en 1949 et ajouté à la liste du patrimoine Mondial de l'UNESCO en 1979. Territoire remarquable, il fût l'un des principaux lieux de combats pendant les conflits de l'ex-Yougoslavie. Aujourd'hui, si la guerre est encore présente dans le paysage et les mémoires, les infrastructures touristiques ont été reconstruites à l'identique et accueillent de plus en plus de monde.
Le parc, comprend une forêt de type primitive où nait la rivière Korana et les lacs de Plitvice (en croate Plitvička jezera). Ces derniers se sont créés par un phénomène géologique particulier : les eaux, en traversant les roches dolomitiques, dissolvent le calcaire qui se redépose pour former des barrières de travertin qui séparent les lacs entre eux. Aujourd'hui, les lacs de Plitvice ressemblent à un véritable labyrinthe naturel fait de cavernes, de chutes d'eau et de lacs aux teintes changeantes.

DSC_0203.JPGS'il est possible d'effectuer le tour du parc avec un train panoramique et de traverser les plus grands des lacs en bateau, les sentiers en caillebotis sont les plus empruntés. Et pour cause : ces aménagements permettent de parcourir et de découvrir les lacs sous tous leurs aspects sans altérer la qualité de l'eau, des paysages et de la biodiversité.

Les lacs de Plitvice sont le point de concentration des visites. Pour Vlatka RUSIC, il semble clair que le visiteur subit un choc en visualisant les lacs de Plitvite : "La nature est vraiment magnifique à cet endroit. Les lacs ne sont jamais les mêmes, vous pouvez en faire le tour aujourd'hui et demain et vous trouverez toujours quelque chose de différent. Chaque lac a sa propre couleur qui varie en fonction du temps, de la saison...". Le phénomène géologique qui se poursuit encore aujourd'hui, modifie constamment l'aspect des lacs. Enfin, le climat continental permet d'avoir des saisons bien marquée. En hiver, les lacs sont recouverts de neige pendant plus de deux mois et on peut y pratiquer le ski aux alentours.

DSC_0221.JPGAujourd'hui le Parc national de Plitvice reçoit de plus en plus de visiteurs, ainsi bien gérer la fréquentation touristique est une de leur priorité. "En 2007, nous avons accueilli environ 925.000 visiteurs, alors qu'en 2006 nous avions accueilli 887.000 visiteurs. DSC_0256.JPGJe ne veux pas appeler ça un problème mais il est clair que nous recevons beaucoup de visiteurs. La plupart d'entre eux ne veulent voir que l'eau et les lacs. Or le site des lacs ne représente qu'une très petite partie du parc (1% du territoire). Pour répondre à l'enjeu de préservation de la biodiversité, qui est notre première mission, et continuer d'accueillir correctement le public grandissant, nous avons tout d'abord effectué une étude sur la capacité d'accueil du site. Le bureau d'étude chargé de cette étude, a évalué à 1,2 millions de personnes la capacité maximum d'accueil des lacs, la marge n'est pas bien grande. Aujourd'hui nous travaillons donc à disperser les visiteurs sur l'ensemble du Parc, notamment sur la forêt, mais aussi tout au long de l'année."

Seront ainsi bientôt ouverts :
 - un sentier de découverte de 10 kms, au sud des lacs, qui permettra aux visiteurs d'accéder au parc à pied depuis les villages plus au sud ;
 - un parcours à vélos, pour pouvoir découvrir la forêt et avoir des vues splendides sur les lacs ;
 - des panneaux descriptifs pour que tous puissent comprendre le phénomène géologique particulier qui forme ces lacs ainsi que la biodiversité ;
 - renforcer l'attractivité de certains sentiers peu empruntés.

Toutefois, le nombre de visiteurs impacte fortement le tissu socio-économique local, faisant de Plitvice le générateur économique de la région. Une forte partie de la population locale travaille au parc et loue des chambres chez l'habitant. Si la situation économique est relativement bonne ici, en témoigne le prix des maisons, on peut toutefois se questionner sur le devenir de l'agriculture et des autres secteurs d'activité dans cette zone, peut-être l'une des futures priorités du parc.

 

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Qu'est ce qu'un Parc National ?

DSC_0092.JPGUn parc national est une portion de territoire qui est classée par décret, et à l'intérieur de laquelle la faune, la flore et le milieu naturel en général sont protégés de l'action de l'homme. Leur intérêt n'est donc pas touristique, il réside surtout dans la biodiversité et la protection de la nature.
Les parcs nationaux sont propriétés de l'Etat, ils sont donc en partie financés par ce dernier. Il arrive cependant que l'entrée de certains parcs soit payante ; c'est le cas de la plupart des parcs nationaux en Croatie. Certains sites sont tellement exceptionnels qu'ils sont classés par l'UNESCO, comme par exemple le Parc national des lacs de Plitvice

                             

                                              Auteurs : Amandine FANTONI et Jérôme BOUQUEMONT.
Association "Des vies et des idées...d'ailleurs", juin 2008.

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