23 novembre 2008
« Kobunaki »
Le premier écovillage japonais tourné vers le grand public
Reportage à Omihachiman, Préfecture de Shiga, Japon
Implanté dans une agglomération de près de 70 000 habitants, Kobunaki, le premier écovillage japonais, propose en lien avec les collectivités, les entreprises et les producteurs de la région, un nouveau mode de vie pour le grand public. Selon un concept original, ce projet ambitieux vise à accueillir 370 familles d'ici trois ans. Lors de notre visite en octobre 2008, ce n'est encore qu'un quartier résidentiel en construction, avec des maisons-témoins, des grues, des camions et des ouvriers qui s'activent...
Un enchaînement rapide
L'aventure commence en 2000, lorsqu'un architecte, Takashi Akimura, rencontre un professeur de politiques environnementales, le Professeur Niren. Convaincus que des initiatives communautaires locales sont porteuses de solutions durables, ils se lancent dans la création du premier écovillage au Japon. Associés à plusieurs experts et membres du GEN (Global Ecovillage Network) puis à des chercheurs, universitaires, associations, collectivités, entreprises, constructeurs, (etc.) élargissant sans cesse le processus de concertation, ils définissent les grandes lignes d'un premier projet.
En 2002, la société Chikyunome, acquiert 15 hectares de friches agricoles sur la commune de Omihachiman. Présenté en 2003 aux autorités locales et préfectorales, le projet est retenu pour s'insérer dans les politiques de développement local. Dans les deux années qui suivent, un plan de développement et d'aménagement est approuvé. En 2006, les travaux débutent. Les premiers résidents s'installent en 2008.
Un fonctionnement original
Le point clé de la réussite d'un tel projet réside, selon Tomomi Takada, chargée du développement communautaire de l’écovillage, dans l’organisation institutionnelle.
Une société privée, Chikyunome, propriétaire des 15 hectares, s'occupe de la vente des parcelles aux particuliers et aux constructeurs. Les 13 employés orientent les entreprises et les producteurs locaux, s'occupent du suivi des projets et veillent au bon fonctionnement de la communauté. Ils doivent être consultés préalablement à la demande de permis de construire.
Une ONG (Ecomura) organise des séminaires et des ateliers de façon à faciliter la mise en oeuvre au quotidien d'un mode de vie durable. Elle s'occupe également du travail en réseau et des échanges d'expériences au Japon et à l'international.
Une nouvelle institution est initiée en 2003, le « conseil promotionnel préfectoral de Kobunaki ». Elle regroupe la préfecture de Shiga, la commune de Omihachiman, divers organismes du secteur agricole, la société privée Chikyunome, et l'ONG Ecomura. Au terme de deux années de concertation, les différentes réunions thématiques entre les membres de ce comité et les nombreux acteurs du projet ont permis d'aboutir à un programme de 23 actions et d'intéresser les investisseurs (fonds IRS, banques, sociétés privées, etc.).
Ainsi cet écovillage bénéficie d'un plan de développement et d’aménagement (Kobunaki masterplan) adossé à un code paysager environnemental et social (Kobunaki Ecovillage Design Code). Ce dernier est constitué de 10 chapitres à destination des particuliers et des professionnels. Actuellement géré par Chikyunome, il devrait à l’avenir être géré par la communauté de résidents. Le « Masterplan », quant à lui, assure la cohérence du projet avec les normes réglementaires. Il prévoit notamment pour les espaces communautaires et privées, la taille, la forme des parcelles, le type de construction ainsi que leur agencement les uns par rapport aux autres et les raccords aux réseaux de distribution (eau, électricité, etc.). En outre, il est prévu des arbres fruitiers sur tous les espaces verts pour créer un « paysage à croquer » et des potagers entre chaque maison.
Concrètement, les habitants, propriétaires d'une parcelle de terrain pourront bénéficier de nombreux avantages. Idéalement situé, routes et pistes cyclables relient les principaux services et lieux de détente de l'agglomération (écoles, gare, hôpital, centre ville, lac, etc.). Un résident pourra bénéficier, notamment via les filières municipales et préfectorales, du bois d'oeuvre local, de matériaux recyclés, composteurs et récupérateurs d'eau de pluie à des prix intéressants. Marchés et boutiques de produits biologiques, séminaires et ateliers d’écologie pratique, devraient leur permettre de mettre en oeuvre un mode de vie sain et durable au quotidien. Jardin et bâtiment communautaires sont également prévus pour échanger et laisser exprimer sa créativité.
Des maisons écologiques sur catalogue
Le marché de la construction japonaise présente une importante proportion de matériaux écologiques. En effet, depuis les années 70 et la première crise pétrolière, la course à l'efficacité énergétique s'est développé et ce secteur est devenu compétitif.
Actuellement, 10 constructeurs sont respectivement associés à un ou plusieurs lots de parcelle. Un éventuel acheteur peux donc choisir l’emplacement qu’il désire ou choisir une maison sur catalogue dans une gamme souvent spécifique à l’écovillage. Une auto-construction peut également être envisagée si les critères du « design code » sont respectés. On retrouve parmi les constructeurs, certains industriels japonais spécialisés dans ce domaine tels que Misawa et Panahome, et une majorité de constructeurs locaux.
Généralement moins sensibles à ces problématiques, ces derniers ont saisi l'opportunité et expérimentent aujourd'hui une nouvelle gamme de maison. Kobunaki présente donc un bel éventail de ce que l'on peut entendre par « construction écologique » au Japon. Selon sa sensibilité et son portefeuille, il est possible de choisir parmi des maisons passives, avec ou sans toitures photovoltaïques, des maisons à ossature-bois anti-sismique, des matériaux naturels et recyclés pour les intérieurs, etc.
Quelques exemples de maisons présentes à Kobunaki :
(© Kobunaki-Ecomura)
Un modèle reproductible ?
Confronter les valeurs d'un écovillage aux réalités administratives, économiques et sociales pour s'ouvrir à un large public devrait pouvoir faire école. Il aura fallu faire des compromis, dessiner plusieurs fois les plans et s'entendre avec les autorités locales. Néanmoins, cette initiative exemplaire montre bien qu'il est possible de trouver des intérêts partagés dans un tel projet. Ce travail devrait d'ores et déjà inspirer la création de projets similaires, voire dans quelques années, devenir une référence en la matière.
Auteurs :
Jérôme BOUQUEMONT et Amandine FANTONI - Octobre 2008
Association « Des vies et des idées... d'ailleurs »
www.eco-habitat-tour.org
Contacts et informations :
http://www.chikyunome.co.jp/en/
http://www.kobunaki-ecomura.com/ (en japonais)
12:00 Publié dans Reportages | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écovillage, kobunaki, japon, gen, omihachiman, ecomura, chikyunome







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