30 décembre 2008

Construction d'une maison de bambou

Reportage sur les rives de la Nam-Lik, à Ban Van Mone, au Laos.

 

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Photo n°1

 

Maisons, échafaudages, palissades, cases, pilotis, ponts de singe, cloisons, artisanats, bijoux, verre, pipe à eau, médecine, balle à jouer, baguettes et jusque dans l'assiette... dans toute l'Asie, le bambou est l'expression de la créativité et permet d'exprimer différemment les richesses de sa culture.

Dans les constructions contemporaines asiatiques, le bambou est concurrencé par des matériaux au rapport durabilité/prix intéressant (taules ondulées par exemple), de fait leur utilisation décroît. Cependant, on le retrouve toujours à la ville comme à la campagne intégré aux constructions, ne serait-ce qu'en décoration.

Au Laos, le bambou est toujours omniprésent comme matériau de construction. On le retrouve dans tous les villages et il n'est pas rare de voir des villages entièrement édifiés en bambou. Contrairement à leurs voisins, les Laos persistent à construire avec ce matériau. Est-ce là une simple cause économique ou un profond ancrage culturel ?

Un Lao, habitant à proximité du village de Ban Van Mone raconte que traditionnellement en l'absence d'écriture, on apprenait à tisser le tissu comme à tresser le bambou, en chanson. Le rythme permettait, en l'absence de chiffres et de calculs, de reproduire les motifs et les techniques....

 

Éléments d'architecture traditionnelle en bambou

La première étape avant de construire une maison en bambou consiste à repérer des bambous âgés de 2 à 3 ans. Leur coupe aura lieu, à la nouvelle lune, lorsque la sève est au plus bas. Les Laos distinguent différentes sortes de bambou et les nomment en fonction de leurs usages et de leur localisation.

Traditionnellement, le bambou est traité avant d'être utilisé comme un matériau de construction. Ce traitement consiste à l'immerger totalement dans l'eau pendant une longue durée. Ainsi, il pourra mieux résister aux attaques des insectes. Le temps d'immersion nécessaire varie selon l'espèce (de 2 à 6 semaines minimum)... et le temps disponible avant la construction!  Les avantages de cette technique sont indéniables d'un point de vue économique et écologique. Toutefois, ce long procédé reste difficile à mettre en oeuvre selon si le lieu est à proximité d'un point d'eau suffisamment large. Heureusement, le Laos est un véritable château d'eau. Il est donc courant de recourir à cette technique. En outre, les bambous transitent souvent par la rivière pour arriver à destination.

 

Le travail du bambou

Une simple machette semble suffire au Laos pour travailler le bambou. Sa structure naturelle lui permet d'être sectionnée en morceaux cloisonnés, débitée dans sa longueur pour en faire des planches, ou encore finement effilée pour utiliser sa fibre. Le plus commun des travaux consiste à passer d'une structure originellement circulaire à des éléments plats. Pour cela, le morceau de bambou est fendu de multiples fois aux extrémités. Il est ensuite tapé à différents endroits pour le fendre dans sa longueur. Le morceau de bambou se fend mais reste en un seul morceau grâce à ses entre-noeuds. Ouvert de bas en haut, le bambou est ensuite aplati par pliage forcé dans le sens contraire à la longueur. Les entre-noeuds de la face intérieure sont enfin rabotés pour aplanir au maximum ce morceau de bambou aplati.

 

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Photo n°2

 

La structure d'une maison

La maison traditionnelle Lao, de forme rectangulaire, est dressée sur pilotis pour se protéger des inondations et de l'intrusion des animaux tels que les rats et les serpents. Ces maisons bien ventilées, sont particulièrement adaptées au climat tropical.

 

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Photo n°3          Photo n°4                                         Photo n°5

Toute la structure de la maison, du sol au toit, peut être édifiée en bambou (photo n°4). Cependant on trouve de plus en plus de structure en bois (photo n°5). Les pilliers sont enfoncés dans le sol. Ils soutiennent généralement quatre poutres, qui soutiennent elles même des bambous d'un diamètre de 5cm environ (photo n°4 et n°5) qui forment un quadrillage. Ce dernier supporte un plancher généralement constitué de larges bambous applatis d'une largeur de 30 à 50cm et d'une longueur équivalente à celle de la pièce (photo n°2).

 

Murs et cloisons

 

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DSC_0359.JPGPhoto n°6                                Photo n°7

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Photo n°8                         Photo n°9

 

Les murs et les cloisons sont constitués de demi-bambous aplatis, aux entre-noeuds et rabotés (photo n°6). Ces grandes lamelles sont tressées (photo n°7) en grande natte puis séchées au soleil pendant plusieurs jours. Une fois séchée, la natte est solidement resserrée en tapant chaque croisement du haut vers le bas. Ainsi, la structure est solidifiée et il devient impossible de voir à travers (photo n°8). Les extrémités sont fixés par un pliage qui revient dans le tressage, puis noués avec de la fibre de bambou.

Deux nattes constituent le mur d'une maison permettant ainsi une meilleure isolation thermique (photo n°9).

 

La couverture

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Photo n°10                                 Photo n°11

 

Selon le type de feuilles utilisé (rotin, palme, canne à sucre, etc.) le pliage est différent. Généralement, les feuilles les plus fines sont pliées autour d'une lamelle de bambou puis nouées avec du fil (photo n°11). Les feuilles de palme plus larges, sont pliées et coincées entre 3 lamelles de bambou (photo n°10).

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Photo n°12                        Photo n°13                        Photo n°14

 

Cet assemblage est ensuite disposé sur le toit comme de larges tuiles de 1,50m sur 60cm environ (photo n°13). Lorsqu'elles sont fixées, elles se recouvrent sur les 2/3 de leur longueur (photo n°12 et n°14). La pente doit alors être suffisante pour éviter les infiltrations d'eau.

 

Les tuiles de bambou

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Photo n°15                     Photo n°16                         Photo n°17    

 

Souvent constituée d'un assemblage de feuilles, une couverture peut également être faite en tuiles de bambou (photo n°15). Découpé en morceau de longueur équivalente, l'entre-noeuds du haut n'est pas raboté. Cette accroche permettra de poser facilement la tuile sur la panne (photo n°16). De la fibre de bambou enroulée permet de maintenir fermement la tuile (photo n°16). Les pannes et les tuiles sont disposées de façon à se recouvrir sur les 2/3 de leur longueur également.

Cette technique permet également de stocker et de transporter facilement les tuiles (photo n°17).

Il existe également des toitures qui rappellent étrangement les tôles ondulées. Les bambous sont simplement fendus en deux dans leur longueur avant d'être disposé sur le toit (photo n°18 et n°19)

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Photo n°18 (vue du dessus et vue de biais)

 

Il est difficile de donner une durée de vie à une maison en bambou. De la même façon qu'une maison en bois, sa durabilité dépendra du traitement appliqué et de son entretien. D'après les habitants de Ban Van Mone, une maison en bambou peut durer 10 ans sans entretien et au moins le double si la structure est vernie et traitée ! Il est certain que les questions de confort et de durabilité diffèrent selon la culture, le mode de vie et les attentes de chacun... Se sentir bien chez soi n'est-ce pas l'essentiel ?

 

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Le bambou

 

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Une fibre extraordinaire

Les bambous sont des plantes monotylédones appartenant à la famille des poaceae. Pas exactement un arbre, pas non plus une graminée... mais une graminée ligneuse. La tige principale est un chaume, ou canne lignifié, creux et cloisonné avec des noeuds. Le bois des chaumes, riche en silice, est très dur et très résistant. La croissance peut être très rapide (jusqu'à un mètre par jour).

On en compte environ 80 genres et plus de 1200 espèces. Qu'ils soient épais, fins, colorés, rayés, brillants, durs, légers, etc., on leur trouve toujours une utilité.

D'un point de vue environnemental, le bambou constitue une plante intéressante puisqu'il peut fixer une quantité importante de CO2. Sa culture ne nécessite pas ou peu d'engrais. Il limite l'érosion des sols grâce à un système racinaire très dense. Mais, voilà... le bambou est aussi répertorié comme une plante invasive et peut porter préjudice à l'écosystème local.

Il est possible de retrouver le bambou un peu partout et sous plusieurs formes : plante ornementale, pâte à papier, textile, meubles, éléments de construction, etc.

 

Dans la construction

Son faible poids et sa relative élasticité en font un excellent matériau de construction. Il est d'ailleurs de plus en plus reconnu pour ses qualités anti-sismiques. Ses performances à volume égal lui permettent de concurrencer le bois. Certain parle même « d'acier vert ». Différentes entreprises cherchent à développer ses utilisations et à faire homologuer leurs produits. En effet, pour le meilleur et pour le pire, le bambou est un matériau difficilement standardisable. Tous les bambous se ressemblent, mais il n'y en a pas deux identiques. C'est pourquoi, son développement est son utilisation en tant que matériau de construction reste hautement dépendant des savoir-faire disponibles localement.

A cela, une entreprise française (Bambou Habitat) tente toutefois de répondre, en développant des structures préfabriquées répondant aux normes européennes. Des architectes renommés, tels que Simon Vélez en Colombie, contribuent également au développement et à la reconnaissance de cette fibre.

 

Auteurs : Jérôme BOUQUEMONT et Amandine FANTONI - Décembre 2008
Association « Des vies et des idées... d'ailleurs »
www.eco-habitat-tour.org

 

 

Commentaires

Très interéssée par vos documents , notammment sur la construction Bambou que je souhaiterai développer en Martinique, ou tout est à faire ...
Merci pour tout le reste à venir

Écrit par : martine Louche | 25 octobre 2010

Bonjour,
Je vous conseil de visiter le site de Bambou habitat
http://www.bambouhabitat.com/
ils ont une maison de démonstration à l'anse figuier en martinique sur le site de l'écomusée. C'est une société tout juste implantée en Martinique qui propose des maisons en bambou aux normes européennes para-cycloniques et parasismiques, sous forme de kit.
Cordialement.
Jérôme

Écrit par : Jérôme | 28 octobre 2010

Bonjour j'aimerai faire construire un centre de repos totalement en bambou au bord d'un fleuve au Gabon.
Quel pourrait être votre aide?

A vous relire

Onanga

Écrit par : onanga | 08 mars 2011

Bonjour Onanga,

Nous ne sommes pas en mesure aujourd'hui de vous apporter une aide localement. Notre association a pour but de sensibiliser à l'écohabitat. Bonne continuation pour votre projet.
Bien à vous Jérôme

Écrit par : jérôme | 17 mars 2011

Bonjour,
je cherche des renseignements sur les toitures en bambou afin de développer de nouvelles techniques de constructions durables au Bénin.
Si ce que j'ai lu précédemment m'a bien renseigné sur les différentes façons de réaliser une couverture d'un bâtiment en bambou, qu'en est-il des charpentes?
Par exemple, une charpente de bambou suffirait-elle à supporter un toit de chaume?

Écrit par : Florian | 12 septembre 2011

Bonjour,

Difficile de répondre à cette question comme ça. Nous n'avons pas suffisamment de compétence technique. Cependant nous avons pu constater que pour rigidifier une structure en bambou et lui permettre de supporter une charge importante, les bambous peuvent être assembler. Un pilier pourra alors être constitué de plusieurs bambous par exemple.
Vous trouverez de beaux exemples en allant voir les constructions de Simon Velez, un archi colombien ou sur le site de Bambou habitat, une entreprise implanté en Martinique.

Écrit par : Jerome | 13 septembre 2011

supper ça m aide pour le colmège bsx j espere vous voir bnt

Écrit par : titouan ton frere amandine | 06 octobre 2011

Bonjour,

Je suis française d origine laotinne. J essaye de m interesser le plus possible à l'eco_construction mais je manque d 'experiance dans ce domaine. Je suis actuellement au Laos (pas tres loin du pont de l Amitié à Vientiane)
Je suis tombée sur votre site à l'instant même en tapant sur google " eco construction Laos" par hasard.
Je souhaiterai profiter de cette occasion pour vous demander où je pourrai trouver des sites éco_village et des chantiers volontaire comme le vôtre.Pouvez- vous m 'orienter? Je vous remercie d'avance. Cordialement.
Lili

Écrit par : Lili.L Amath | 02 février 2012

Bonjour Lili,
quand nous sommes passés au Laos nous avions deux contacts :
- Nam lik ecovillage (tu dois pouvoir trouver des coordonnées précises a l'office de tourisme)
- a Gibbons experience a luang prabang
Ce sont deux structures de tourisme, elle ne propose pas de chantier de volontaire, mais peut-être pourront-il t'orienter vers d'autres, ou aurons-t-ils besoin d'aide ???
Sinon, le wwoofing est un organisme international spécialement dédié au volontariat dans l'agriculture, nous avons effectué de nombreux chantiers grâce a eux, a voir s'il existe des adresses au Laos.
J’espère que je répond a ta question et que tu trouveras ce que tu cherches.
a bientot
amanidne

Écrit par : amandine | 11 février 2012

Bsr je suis heureuse d'être tombé sur votre site. ça m'aide beaucoup dans la rédaction de mon mémoire de fin d'étude. en fait je fais une étude sur la conception et la réalisation des toitures en bambou du cameroun.
je srai heureuse de recevoir plus d'information

Écrit par : Maryvonne Atangana | 13 février 2012

Bonjour,

Je regrette de ne pas avoir beaucoup plus d'information à vous donner sur les toitures en bambou...
Mais je garde votre contact si je pense à quelque chose.

Bonne journée
Jérôme

Écrit par : jerome | 20 février 2012

Bonjour,

Je regrette de ne pas avoir beaucoup plus d'information à vous donner sur les toitures en bambou...
Mais je garde votre contact si je pense à quelque chose.

Bonne journée
Jérôme

Écrit par : jerome | 20 février 2012

je suis de tamatave sur la cote Est de Madagascar. ici le bambou est le materiaux le plus utilise pour fabriquer les maison (plancher, paneaux sur mesure tresse, etc..), mais le probleme ici il ne resiste pas aux insectes et pourtant, les vendeurs le trempe dans l'eau de riviere pendant quelques jours. j'ai entendu que le formol sert a proteger le bambou contre les insectes. est ce vrai ? et ce que le xylophene est aussi efficace pour lutter contre les thermites ?

Écrit par : fitia | 18 mars 2012

Bonjour,

Difficile de répondre à cette question comme ça. Nous n'avons pas suffisamment de compétence technique.

Écrit par : jerome | 19 mars 2012

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