23 janvier 2009

Maisons arboricoles et projet de développement local

 

« The Gibbon Experience »...
Le rêve et l'innovation au service de la communauté

Interview de Jean-François REUMAUX, initiateur du projet.
Réserve de Bokéo, Laos.

 

 

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« Face à la complexité des problématiques environnementales, place à la créativité et à l'innovation (...) Plutôt que de détruire la forêt, essayons de lui donner une réalité économique et sociale pour prouver que sa protection peut être rentable. »

Jean-François REUMAUX

 

 

Au nom de la biodiversité et d'une conscience environnementale grandissante à l'échelle internationale, des organisations du monde entier tirent la sonnette d'alarme. La communauté internationale comptabilise les espèces en voie d'extinction et les dégâts irréversibles causés au milieu naturel. Dans les forêts d'Asie du sud-est, braconnage, agriculture par défrichage-brûlis et déforestation sont pointés du doigt.

Définir une aire protégée pour y appliquer des mesures restrictives de protection se heurte aux pratiques culturelles, aux politiques locales de développement, aux intérêts et lobbying des investisseurs étrangers. Dans ce contexte économique et social complexe, similaire à de nombreux pays en développement, il ne suffit pas de faire des lois pour les faire appliquer.

La réserve naturelle de Bokéo, riche de sa biodiversité, compte de nombreuses espèces d'oiseaux, d'insectes et de mammifères, dont des gibbons à crête noire, des ours, des tigres, des buffles et des éléphants.

Lors de sa création sur 123 000 hectares de forêt ancienne peu habitée, émerge pour la première fois au Laos l'idée que la protection de l'environnement peut être orchestrée par les communautés résidentes, lesquelles possèdent une profonde connaissance de la vie de la forêt. Des équipes de gardes forestiers, pour la plupart anciens braconniers, deviennent alors chargées de la protection de leur patrimoine forestier.

Dans cet esprit, naît quelques années plus tard, un concept original visant à accueillir du public dans la réserve. Il s'agit de créer un réseau de maisons arboricoles reliés par des tyroliennes pour habiter et découvrir la canopée avec des guides locaux.

 

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Chaque maison est située dans une vallée différente, laissant aux visiteurs, entre autres plaisirs, le luxe de méditer sur l'immensité de la forêt ancienne, sa protection et les modalités de sa mise en oeuvre.

Les objectifs sont multiples : lutter contre le braconnage et la déforestation, protéger les espèces en danger et la forêt primaire, améliorer le niveau de vie des population locales, sensibiliser à la préservation des ressources, ne pas dépendre des subventions, redistribuer les fonds à la protection de la forêt...

 

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La société ANIMO (SARL de droit Laotien), mandatée par le gouvernement pour protéger le patrimoine forestier de la réserve, s'applique à mettre en oeuvre différentes actions. Chantiers arboricoles, comptages et réintroductions d'espèces, maintenance des infrastructures (etc.) emploient progressivement un nombre croissant de villageois. A ce jour, ils sont plus de 70 personnes à travailler pour le projet : guides, chauffeurs, gardes forestiers, et même des cuisinières et des femmes de ménages arboricoles. Autrement dit, c'est toute une économie qui s'est créée autour de la conservation du patrimoine forestier. D'autre part, c'est une aire protégée qui s'appuie sur les pratiques culturelles. Ainsi, c'est un nouvel avenir qui se dessine pour ces populations. Savoir-faire et traditions ne riment pas ici avec le passéisme romantique qui figent le développement des minorités. Les guides parlent de mieux en mieux l'anglais, s'occupent à protéger leurs ressources, investissent dans le développement de leur village, notamment agricole.

Pour Jean-François REUMAUX, « un indicateur de bonne santé du projet, c'est que personne n'a encore souhaité l'abandonner... à l'exception d'une femme enceinte » !

 

Habiter la canopée

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« Notre objectif, c'est de vivre au dessus de la forêt, dans la canopée (...) lorsqu'on construit à ces hauteurs (plus de 30m du sol), on est par nature dans l'expérimental ».

En effet, si le rêve est similaire, on ne réalise pas de telles structures comme on construit une simple cabane. Environ 6 mois de travail sont nécessaires à une équipe de 5 personnes pour réaliser une maison dans cet environnement (hauteur de l'arbre, isolement du site, etc.).

 

« Sélectionner un arbre pour élever une maison à ces hauteurs, c'est d'une part travailler avec les locaux, écouter leur récit, leurs connaissances des arbres et de la vie de la forêt ». En effet, il faut prendre en compte différents paramètres : essence, santé et solidité de l'arbre dans son ensemble, nature du sol et enracinement. D'autre part, la position de l'arbre doit offrir un panorama intéressant et disposer dans la mesure du possible d'une source plus élevée que la maison pour que l'eau parvienne par gravitation.

Le choix du bois utilisé pour la construction impose de privilégier la légèreté, tout en conservant une relative dureté contre les termites et les rongeurs. Les différents bois utilisés proviennent de la réserve de Bokéo. Ils sont d'une densité de 0,55 à 0,75. Dans les salles de bains, sols et murs sont constitués de bois de rose imputrescible d'une densité de 0,95.

Ces structures sont protégées de la pluie par des toitures en feuilles de rotin ou de palme ce qui ne contraint pas à l'utilisation de traitement spécifique. Toutefois, la pente du toit devra être suffisamment forte pour limiter les infiltrations d'eau. Chaque arbre est équipé de paratonnerre et de haubans pour limiter les effets de balancements en cas de tempête.

Enfin, ce n'est pas moindre, il faut « mettre l'esprit de l'arbre et de la forêt dans le coup », on ne construit pas comme on veut dans la forêt. Les Laos organisent une cérémonie pour que les esprits acceptent qu'une maison soit édifiée à cet endroit.

 

Travailler dans le milieu de la construction « au sol » est un plus, s'inspirer d'une bonne bibliographie d'architecture arboricole l'est également, et la richesse, pour Jean-François REMAUX c'est d'avoir travaillé avec des « perles » comme il les appelle, tous spécialistes dans leur corps de métier respectif : chef de chantier, artiste-forain, installateur de téléski, architecte naval... « Avec l'expérience, on imagine plus facilement la forme finale que va prendre la maison, mais au début chaque poutre et chaque plancher posé amène à des modifications jusqu'à ce que l'on trouve un sens de circulation naturelle à la maison ».

 

Éléments d'architecture arboricole expérimentale

« On estime ne pas de modifier fondamentalement la nature de l'arbre (...) A 80% de sa hauteur, une maison arboricole constitue un supplément de 2 à 3% du poids de l'arbre ».

 

Type 1 : maison « Mak Hay » (plusieurs niveaux échelonnés entre 36 et 40m au dessus du sol).

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Arbre : Ficus annulata

Principe architectural : Poutres suspendues sur étriers

DSC_0368.JPGDSC_0371.JPGLe plancher est fixé aux poutres suspendues. Une terrasse sommitale et centrale agit comme précontrainte pour soulager l'effort exercé sur les branches porteuses.

Dans cet arbre, on trouve de nombreuses branches presque horizontales qui ont déjà l'habitude de porter leur propre poids. Elles sont donc moins sujettes à l'arrachement. La toiture est également suspendue.

 

 

 

Type 2 : maison « Ikos » (22m au dessus du sol)

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DSC_0429.JPGArbre : Ficus annulata

Principe architectural : Structure géodésique préconçue (polyèdre régulier : 20 faces équilatérales)

Le poids repose sur un point central. Les forces sont reparties sur l'ensemble de la structure. Un pneu soulage le point d'appui central. La structure a été agrandie avec des barres de flèches façon navale. La toiture est en tôle à cause de sa faible pente.

 

 

Type 3 : maison « Kisi » (38m au dessus du sol)

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DSC_0450.JPGArbre : Vatica Cinerea

Principe architectural : structure octogonale fixée sur un pilier central (ou parapluie inversé)

DSCF1241.JPGLes poutres sont fixées au tronc grâce à des plaques métalliques et à des tire-fond ancrés dans la partie dure de l'arbre. Le plancher est fixé à ces poutres. Des poteaux sont fixés au plancher et maintiennent le toit de feuilles.

 

 

 

7 km de câble pour découvrir la canopée

La sève circulant dans l'aubier (partie périphérique de l'arbre), il est important de ne pas couper sa circulation, ce qui aurait pour conséquence de provoquer la mort de l'arbre. Aussi, il est nécessaire d'utiliser des cales pour amarrer les câbles autour du tronc. Elles peuvent ainsi suivre la pousse de l'arbre, être desserrées ou déplacées.

Toutes ces infrastructures sont visitées quotidiennement par les guides. Tous les trois mois, c'est un contrôle complet de chaque structure. Si besoin, les pièces sont changées. La partie la plus délicate dans ce type d'environnement, c'est d'anticiper la pousse et la chute des branches sur le réseau de câble. Il y a donc un travail important de surveillance et de maintenance qui peut consister à faire tomber de manière préventive les arbres morts avant la prochaine tempête. La connaissance et le regard affûté des guides sont primordiaux. Histoires et légendes d'un arbre qui tombe sur une maison sont présentent dans toutes les familles des peuples de la forêt...

 

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La formule innovante, maisons arboricoles, tyroliennes et guides locaux, spécifique aux problématiques de ce territoire, ouvre de nouvelles perspectives quant aux modalités de gestion environnementale et à la prise en compte des populations locales. Dans les années à venir, le projet devrait pouvoir s'étendre à de nouvelles zones du Parc en passant de 6 à 12 maisons arboricoles :

« L'enjeu avenir n'est pas de développer les capacités d'accueil mais de mutualiser ces routes canopéènnes pour avoir plus de points d'entrée dans le Parc et plus de zones touchées, pour concerner de nouveaux villages et leurs habitants ».

Cette année, la réserve naturelle de Bokéo est devenue Parc national, au delà d'un soutien plus fort du gouvernement laotien, c'est également une marque de reconnaissance importante pour cette nouvelle forme de gestion environnementale.

 

Auteurs : Jérôme BOUQUEMONT et Amandine FANTONI
Association « Des vies et des idées... d'ailleurs »

Décembre 2008
www.eco-habitat-tour.org

 

 

Contacts et informations :

http://www.gibbonx.org

 

 

22 janvier 2009

THAÏLANDE - INDONÉSIE

Volontariat et découvertes

du 11 décembre 2008 au 21 janvier 2009

De Chiang Rai à Chiang Dao, découverte de la Thaïlande du Nord

Nous voici à Chiang Rai, en Thaïlande. Nous avons décidé de rester dans cette petite ville quelques jours, pour rejoindre la frontière Birmane, distante de seulement 60 kms, et prolonger nos visas.

Nous découvrons tranquillement la Thaïlande, entre ballades à vélos aux alentours et virée au marché de nuit, l'attraction favorite des thaïs de Chiang Rai. Chants, buvettes, musiques traditionnelles rythment nos petites soirées. Nous découvrons aussi la réelle vénération portée au roi de Thaïlande.

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Après un rapide passage en Birmanie, puis à Chiang Mai (où nous testons le fameux massage thaï) et à Chiang Dao (littéralement la ville des étoiles), nous sommes ravis d'arriver chez Clément DOYER. Ce charmant québécois est un homme passionné. Après avoir construit des maisons « écologiques », des bateaux, et tant de choses, il se lance aujourd'hui dans le développement de l'homéopathie à grande échelle dans les pays du Tiers monde...et ça marche!

Dans la construction nous-dit-il «  mon attention première a toujours été de réaliser des maisons solaires passives, qu'une femme pourrait construire seule (matériaux légers...) et surtout sans emprunter un sous. » C'est ainsi qu'il a construit une douzaine de maison en France, au Québec et  maintenant en Thaïlande, où il vit une partie de l'année dans une ferme « bio ».

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Voilà, Noël est passé tranquillement, et nous repartons de la ferme pour rejoindre Denpasar en Indonésie.

Nous y attendent Eric, un ami et son chantier, en bois, bambou et paille.

Nous quittons Clément avec qui nous avons beaucoup appris en si peu de temps et même réalisé un premier plan de notre... future maison... pour sûr celle-ci sera écologique!

Nous quittons aussi nos vélos. Jérôme réussi à le vendre, quant à Amandine elle le laisse à la ferme.

De Kuta Bali à Kuta Lombok, construction de bois et rencontre de l'Indonésie musulmane.

Nous atterrissons à Denpasar sur l'île de Bali au cœur du vaste archipel indonésien, sous une pluie battante. Les routes sont sous dix centimètres d'eau, mais rien d'alarmant a tout ca, nous sommes en pleine saison des pluies, et ici c'est une coutume journalière que d'avoir les pieds dans l'eau.

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Au petit matin, nos premiers pas au sec, nous découvrons la culture Hindouiste, de nombreuses offrandes faites de fleurs, d encens et de riz sont a l entrée des maisons, sur les voitures, sur les routes...c’est joli et ca sent bon

DSCF1464.JPGNous ne faisons pas long feu à Kuta Bali, très touristique. A la veille de la nouvelle année, c’est beaucoup trop de bruit, trop de monde et de folies. Nous préférons rejoindre Kuta Lombok la calme, Eric, Yuke et toute l'équipe pour les aider sur le chantier.

Eric, un ami de Jérôme, amoureux de ce lieu, s'y construit une maison de bois et de bambou. C'est une occasion rêvée pour nous de découvrir tant le travail du bois, la pose d'une charpente et de sa toiture, tout en appréciant la vue, les chants et les sourires locaux.

Lombok, petite île à l'est de Bali, est à 80% musulmane. Des 4h30, avant le levé du jour, jusqu'au soir, les chants musulmans rythme la journée. A Kuta, la vie s écoule tranquillement, bercée par les marées tant pour les pêcheurs que pour les surfeurs, les pluies parfois diluviennes, les parcours des buffles et des chèvres, et le tourisme. Dans la vallée d'Arguline, l'agriculture occupe une place beaucoup plus importante ; on y cultive piment, riz, tabac et d’autres fruits...

 

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Nous sommes 8 sur le chantier : Eric, Yuke, Mure, Hatrim, Alen, Bobo et nous et pourtant le travail avance doucement. C'est qu'il faut penser à tout. Les découpes doivent parfois être revues à plusieurs reprises, ensuite il faut poncer la pièce de bois, la traiter, puis une fois que l'ensemble des pièces est prêtes, on les assemble. Les outils sont peu nombreux : ciseaux à bois, marteaux, machette, scie, rabot électrique, ponceuse électrique, visseuse et scie, ainsi qu’un générateur.

A notre arrivée, ils finissent de poser le plancher. Quinze jours plus tard, nous finissons de poser le toit et nous profitons de notre dernière nuit pour s'imprégner du lieu et dormir sur place. 

Eric est là depuis 2 mois et demi, sans relâche, il a du terrasser, faire des chemins d'accès puis réaliser les fondations et le premier étage. Il est content, ses objectifs sont atteint, le toit est posé, la maison est correctement protégée jusqu’à  l'année prochaine où il continuera le chantier. Nous repartons ravi de ces apprentissages et de cette rencontre avec l’Indonésie. Nous voici maintenant en Australie, prêt a s’initier a la construction en ballot de paille et a cette nouvelle culture. A notre arrivée, la différence est de taille, nous retrouvons les larges rues des quartiers résidentiels de Sydney. Tout ceci nous parait bien grand et surtout bien vide...mais ou sont les Australiens ?  Nous les retrouvons dans le centre ville et ils nous réservent un accueil des plus chaleureux...

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2009 !

Les joyeux membres de l'association
Des vies et des idées... d'ailleurs

vous présentent leurs meilleurs voeux
et vous souhaitent une belle et heureuse année 2009.
Cliquez pour agrandir cette jolie carte faite par Amandine !

13 janvier 2009

Construire un gîte en chanvre

Une auto-construction dans les Hautes-Alpes

Pour commencer 2009,
petit coup d'oeil dans le rétroviseur
avec ce reportage daté de mai 2008.

 

Traditionnellement exploité en France comme litière animale et par l'industrie papetière, le chanvre fait depuis quelques années son entrée dans la construction.

Rencontre avec Jérôme Burgnard et Marie-Christine Dehais, agriculteurs et éco-constructeurs sur leur chantier à Villard Meyer, Pays des Ecrins.

 

Le chanvre : un matériau sain et polyvalent

ballo_chanvre.JPGLe chanvre est une plante ligneuse composée de trois parties, dont deux sont utilisées dans la construction : la fibre et la chévenotte (bois de la tige). La fabrication des matériaux de constructions dérivés du chanvre nécessite un broyage des ballots de paille de chanvre. Une fois broyés, la fibre (30%) et la chévenotte (70%), sont tamisées afin de les calibrer plus finement. On obtient ainsi plusieurs produits :

- le chanvre broyé (fibre et chévenotte) pour les mortiers et bétons de gros oeuvre ;
- le chanvre calibré fin pour les enduits ;
- la chévenotte pure pour les bétons, mortiers et enduits (photo ci-contre) ;
- la laine en vrac pour l'isolation.

Les qualités du chanvre sont aujourd'hui reconnues. Sa production est de plus en plus contrôlée et ses produits dérivés peuvent être certifiés. Son utilisation favorise une bonne isolation phonique ainsi qu'une très bonne régulation thermique. Il est recyclable et réutilisable en fin de vie. Il peut être employé seul ou avec d'autres matériaux ce qui lui confère une grande diversité d'utilisation. La cohésion de ce matériaux ouvre la possibilité à une architecture légère et à une certaine créativité.

De nombreuses raisons ont amené Jérôme Burgnard et Marie-Christine Dehais, agriculteurs biologiques et auto-constructeurs, à choisir le chanvre. Ils partagent volontiers leur plaisir à travailler avec ce matériau qu'ils découvrent. « Je voulais me lancer dans une éco-construction pour construire un nouveau gîte et disposer d'un bel outil de travail. Je me suis senti attiré par le chanvre plus que par tout autre matériau, tout d'abord parce que le terrain où se situe le gîte, La grande Roure, est sûrement un ancien champ de culture du chanvre. De multiples rencontres, la visite d'une maison en chanvre, nous ont par la suite rendu sensible à ce matériau. Enfin, une formation avec Canosmose, nous a définitivement décidé » explique Jérôme Burgnard.

« Ce qui m'a le plus séduit, c'est de parler d'enveloppe et non d'isolation, de travailler avec un matériau qui respire pour avoir une bonne atmosphère à l'intérieur de la maison » rajoute Marie-Christine Dehais.

 

La réalisation d'un béton de chanvre en remplissage d'une ossature bois

Extrait d'une expérience de chantier avec Jérôme Burgnard : « La mise en oeuvre du béton de chanvre en remplissage d'une ossature bois (ici poteaux poutres) est relativement simple pour peu que l'on respecte bien l'ordre d'admission des différents matériaux et que le mélange soit réalisé à chaque fois avec soins.

Il faut, tout d'abord disposer d'un malaxeur ou, dans notre cas, transformer une bétonnière en allongeant son contenant.

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L'eau est un élément clé qui devra être administré en aspersion. Il faudra être attentif à ne pas trop mouiller la chevenotte. Pour réaliser le béton de chanvre, il faudra ajouter à la chévenotte humidifiée de la chaux aérienne qui servira de liant, puis de la pouzolane et enfin du plâtre gros.

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L'ossature bois devra être banchée et le mélange sera damé à l'intérieur. Le damage est l'une des parties les plus longues de l'opération. Il consiste à compacter le chanvre de la façon la plus homogène possible à l'aide d'un râteau. La consistance épaisse et grumeleuse du chanvre ne facilite pas la tâche, et nécessite l'apport de petites quantités à chaque fois. Le résultat est cependant agréable et spécifique puisque les différentes couches sont visibles et forment des sortes de vagues. Un rendu assez esthétique. »

 

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Au final, pour un bâtiment de 60 m² au sol avec un étage, la charpente et l'ossature en poteaux poutres réalisées par des professionnels et le remplissage béton de chanvre en auto-construction, il aura fallu un mois pour mettre ce bâtiment hors d'eau, hors d'air.

Toujours enchanté de travailler avec ce matériau, Jérôme Burgnard pense à sa future dalle, qui sera elle aussi réalisée en chanvre...

 

Projet global : lier écologie, innovation et tradition locale

Le projet comprend la construction de 3 bâtiments : une salle d'activité, un bâtiment de vie et une piscine intérieure, sur une surface totale d'environ 300 m². Il permettra en effet, d'accueillir des groupes d'une vingtaine de personnes, d'organiser des stages, des réunions, des séminaires, etc.

Sur cet éco-gîte, ces deux auto-constructeurs ont voulu concilier leurs convictions à l'architecture et à l'esthétique local tout en s'inscrivant dans une démarche innovante. Ils ont choisi d'utiliser au maximum des matériaux écologiques (chanvre, laine de bois, laine de mouton, briques monomurs, etc.) et de favoriser une dépense énergétique minimum (isolation importante, panneaux solaires, récupération de l'eau de pluie, chaudière bois...). Ils ont également fait le choix de donner à ces nouveaux bâtiments l'aspect d'un petit hameau traditionnel pour une bonne intégration paysagère. Enfin, ils apportent une nouvelle prestation touristique locale par la création d'un gîte écologique à grande capacité d'accueil.

Conduire un tel projet n'est pas simple. En effet, pour recevoir du public, un bâtiment doit répondre à certains critères d'éligibilité, auxquelles certaines solutions écologiques, telle qu'un système de recyclage des eaux usées par phytoépuration, n'ont pas encore trouver d'écho dans les administrations compétentes. D'autre part, trouver un architecte qui conjugue des compétences en matière d'écologie, d'efficacité énergétique et d'architecture locale n'a pas été facile. Leur volonté « d'acheter local » a enfin été mise à dure épreuve du fait des coûts souvent plus importants.

 

Contacts :
Jérome BURGNARD et Marie-Christine DEHAIS
Villard-Meyer
05120 Saint-Martin-de-Queyrières

Pour en savoir plus :
www.bio-construction.com
www.canosmose.com

 

 

Auteurs : Jérôme BOUQUEMONT et Amandine FANTONI
Association « Des vies et des idées...d'ailleurs »
Mai 2008

 

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