14.06.2008

Un sol de terre et de paille...

... Une nouvelle sensation pour les pieds.

 

© Amandine & JérômeEn entrant dans le salon de Patrick Destro et Stephano Soldati, le visiteur est prié de se déchausser : un sol de terre et de paille vient juste d'être terminé.

S'inspirant des résultats obtenus pour réaliser les différents enduits de leur maison, ils ont décidé de se lancer dans cette expérience originale : réaliser un revêtement de sol de terre et de paille sur une surface d'environ 60 m².

Patrick Destro, éco-constructeur (Azienda agricola La Boa, Belfiore di Pramaggiore, Veneto, 50 km au Nord-est de Venise) partage son expérience et les résultats obtenus :  « Nous avons visité une maison en Angleterre avec ce type de sol, ça nous a tout de suite séduit ; c'est une sensation de confort et de bien-être très particulière. Nous avons alors pensé la reproduire chez nous. De plus, le coût est relativement faible puisque la terre que nous avons utilisé provient du jardin ».

Les connaissances italiennes sur la construction écologique sont récentes et éparses, mais on peut y voir certains avantages : « En Italie, il est difficile de trouver des informations pratiques sur la construction écologique, ça nous pousse à expérimenter. Je pense que ce type de sol est unique en Italie ».


Composition et réalisation 
                 

© Amandine & Jérôme

Composition du sol  (vue en coupe)

 

« Sur la dalle de ciment nous avons directement mis une épaisse couche de petites billes d'argile (« argila espensa » en italien) pour éviter les remontées d'humidité par capillarité sur laquelle nous avons ensuite appliqué, pressé puis lissé un mélange de sable grossier et d'argile (sous-couche). Aussitôt le lissage terminé, nous avons fait des trous avec une planche à clous. Le séchage peut prendre plusieurs jours. De quelques jours pour un temps ensoleillé et jusqu'à un mois pour un temps humide et pluvieux.

© Amandine & Jérôme

Entre la sous-couche et la couche de finition nous avons déposé une toile de jute imbibée d'un mélange d'eau et d'argile pour lier les deux couches et aplanir la surface. La toile de jute n'est pas obligatoire, mais elle facilite le travail. Ensuite nous avons appliqué la couche de finition (mélange de sable fin, d'argile, de brins de paille très courts – environ 5 cm – et de pigments naturels). Cette dernière a été lissée avec soin plusieurs fois jusqu'à obtenir un sol parfaitement plat et lisse.

Une fois la couche de finition sèche nous avons appliqué de l'huile de lin à la raclette en grande quantité, puis frotté avec un chiffon. Cette technique permet de modifier la texture de la dernière couche pour obtenir une sorte de résine très compacte en surface ».

Il aura fallu environ une journée pour appliquer la couche finale sur les 60 m² de la pièce, 2 personnes pour réaliser le mélange pendant que 2 autres l'appliquaient sur le sol.

Les outils utilisés ne sont pas spécifiques, ce sont ceux d'un plâtrier ordinaire (niveau à bulle, règle, lissoir, etc.).

Pour réaliser ce type de revêtement avec la terre de son terrain, il semble qu'il n'y ait pas de « recette idéale », ce ne peut-être qu'une spécialité locale. En effet, la composition du mélange est hautement dépendante de la teneur en argile de la terre et de sa qualité :

« Je pourrais vous donner la composition de nos mélanges, mais cela ne serait pas très utile ! Nous avons utilisé l'argile de notre jardin. Chaque terre possède une composition spécifique. C'est pour ça que je préfère parler d'argile et non de terre ».

Toutefois la méthode utilisée peut permettre de trouver la « recette idéale » : « Nous avons fait beaucoup d'échantillons différents, A chaque fois nous avons numéroté les quantités utilisées puis nous avons testé la cohésion des différents échantillons (gratter avec la pointe d'un couteau, taper avec un marteau, etc.). Nous avions déjà utilisé cette technique pour  appliquer les différents enduits sur notre maison ».


Retour sur expérience

© Amandine & Jérôme

 

De l'huile de lin pour lustrer le sol


Patrick Destro a choisi de mettre une quantité d'huile de lin plus importante dans la partie cuisine, ce qui lui donne un aspect lustré (droite de la photo), et potentiellement plus résistante à l'eau et au choc. Le salon (gauche de la photo) pour des raisons d'esthétique n'a presque pas été lustré à l'huile.


Pourquoi de la paille dans le mélange ?

« Une première expérience réalisée sans paille, sur un sol plus épais (5 cm), avait rapidement craquelé. Le fait d'avoir rajouter de la paille dans l'enduit de finition nous a permis de réduire le nombre de ces micro-fissures et donc le travail a fournir. (...) Du point de vue de la réalisation et de l'esthétique, nous sommes très content du résultat sur la partie terre et paille. Nous avons encore peu de recul sur cette expérience.
Il faut laisser faire le temps pour observer à l'usage, comment ça évolue ».


Travailler avec la terre de notre terrain facilement
« Pour utiliser la terre argileuse du jardin, on s'est facilité le travail en réalisant deux tranchées parallèles. La première sert de réserve, le fond de la seconde est recouvert d'un plastique pour ne pas que l'eau s'infiltre. La terre imbibée d'eau peut alors être remuée puis tamisée facilement ».


Construire avec de la terre crue
La terre constitue certainement le matériau écologique par excellence. Simple et presque partout à notre disposition, on retrouve ce matériau dans les constructions de nombreuses régions du monde sous différentes formes (adobe, torchis, pisé, etc.). Délaissées pendant de nombreuses années, les techniques ancestrales sont aujourd'hui adaptées à nos besoins actuels. Inciter différents organismes à effectuer des travaux de recherche pourrait sans doute permettre dans quelques années de faire bénéficier un large public du confort et de l'esthétique de ces nouveaux matériaux.


L'expérience réalisé par Patrick Destro contribue au développement possible du sol de terre et de  paille et à la réduction des diverses contraintes liés à sa mise en oeuvre. Observer, découvrir, se débrouiller et partager le résultat de ses expériences, sont donc autant de portes ouvertes pour laisser la créativité s'exprimer et connaître les multiples possibilités de ces matériaux.

 

Contacts et informations :
Azienda agricola La Boa : http://www.laboa.org/
Patrick DESTRO : http://www.envipark.com/ ou casadipaglia@hotmail.com


Amandine & Jérôme
Reportage sur l'éco-construction
en Vénétie.

20.05.2008

"Sur la route de notre premier chantier"

EN ROUTE POUR LE LAGO DI GARDA 
 Extrait des carnets de routes italiens...
Un clic sur les photos pour les voir en plus grand !

 

Lago di Garda

 

Nous voila dans le train. On ne s'y attendait pas, ce ne sont pas des plaines inondées mais bien des cultures de riz qui s'étalent devant nous. On comprend mieux que le risotto soit le plat traditionnel de la région. Dans le train on rencontre une Hollandaise qui parcourt l'Europe à vélo, et... l'Italie en train. Un petit accrochage avec un camion l'aurait aidé à se décider... De notre coté, on avait suivi vos conseils et toute la plaine du Pô sera parcouru en train. Toute cette région industrielle dont Milan constitue le pôle principal n'est pas faite pour le  vélo.

 
Vues du lac de Garde...

Changement de train à Milan et direction le Lago di Garda. A Desenzano di Garda, petite station balnéaire aux couleurs de Riviera, on en profite pour prendre des infos sur la région. Nous voila bien renseignés... Nous savons où dormir, manger et déguster de bons produits.

A Gavardo, se tient une fête autour du “développement durable et local”, de nombreux producteurs de la vallée de Sabbia sont présents, pour un premier forum sur la coopération entre leurs nombreuses coopératives. Avec autant de bons produits, on comprend que le mouvement “slow food” ait pris une telle ampleur dans cette région.

Avec les copains... jusqu'au bout du monde !

Les vélos sont dans le bac. Nous traversons le lac pour rejoindre Nanou (la soeur de D'jé), Laurent, Laurence, Fab, Tof et Greg. On s'était donné rendez-vous l'hiver dernier, et nous y voila. Laurent, l'Italien de la bande a trouvé une chouette résidence perdue dans les oliviers. Ce petit collectif d'appartements regroupe des locataires et des résidents autour d'une belle piscine. Ça sent les vacances. Au menu : détente, découvertes et fous rires !!

Et c'est reparti... Un léger contretemps (un torticolis), nous laisse un jour de plus de repos. Il est maintenant trop tard pour rejoindre le Veneto, Province de Venise, en vélo. Nous prendrons le train et effectuerons les derniers kilomètres sur nos bicyclettes. Nous découvrons cette fois les vignobles de la région. On s'étonne de la hauteur des pieds de vigne. Imaginez le tracteur passer en dessous !

 

Un p'tit coin d'paradis...

 

Nous suivons une “route du vin” (strada del vino) pour arriver jusqu'à la Boa, une ferme de paille, où nous ferons nos premiers jours de volontariat en compagnie de Patrick et Stephano, éco-constructueurs à Belfiore di Pramaggiore (50 km au nord-est de Venise). A leurs côtés, nous avons passé de bons moments et appris de nombreuses techniques. Ils se sont rendus disponibles pour répondre à toutes nos questions. Nous avons déjà de nombreuses choses à raconter sur la construction en paille, la réalisation d'une dalle en paille et en terre, sur la peinture au café, etc. En attendant qu'on rédige tout ça, voici une petite vidéo de nos trois premières journées. On repartira à la fin de la semaine pour se diriger vers la Slovénie...


 


  Andiamo !!!

Amandine & Jérôme